Que font les musulmans lors d'un décès, de la janaza à l'enterrement ?

Question 1193

Question

Quelles sont les étapes prévues par l'islam après la mort d'un musulman, depuis le dernier souffle jusqu'à la toilette mortuaire, la prière funéraire (janaza), l'enterrement et le deuil ?

Résumé de la réponse

Quand un musulman meurt, ses proches lui ferment les yeux, disent « Nous sommes à Allah et c'est vers Lui que nous retournons » et prient pour lui. Le corps est lavé (ghusl), enveloppé dans un simple linceul blanc et porté à la prière funéraire (ṣalāt al-janāza) de quatre takbīrs, puis enterré face à la qibla, de préférence sans tarder. Le deuil dure trois jours, la veuve observe quatre mois et dix jours, et la communauté nourrit et console la famille.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

A tall enameled glass lamp with a flared neck, its body ringed with large blue Arabic letters and a red and gold emblem.

Lors d’un décès, les musulmans se tournent d’abord vers Allah, puis vers le soin de celui qui est parti et de la famille qui reste. La Sunna donne à chaque étape sa forme : fermer les yeux du défunt et prier pour lui, laver le corps, l’envelopper dans un simple linceul, accomplir la prière funéraire (janāza), l’enterrer, puis consoler les proches pendant trois jours.

Que faire quand un musulman meurt ?

Les premiers mots sont ceux du Coran :

ٱلَّذِينَ إِذَآ أَصَٰبَتۡهُم مُّصِيبَةٞ قَالُوٓاْ إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّآ إِلَيۡهِ رَٰجِعُونَ

« Ceux qui, lorsqu’un malheur les frappe, disent : “Nous sommes à Allah, et c’est vers Lui que nous retournons.” »

Coran 2:156

Le Prophète ﷺ apprit à Umm Salama (qu’Allah l’agrée) à y ajouter une courte invocation, en lui promettant qu’Allah remplacerait sa perte par quelque chose de meilleur :

«إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ اللَّهُمَّ أْجُرْنِي فِي مُصِيبَتِي وَأَخْلِفْ لِي خَيْرًا مِنْهَا»

« Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournons. Ô Allah, récompense-moi dans mon épreuve et donne-moi mieux en échange. »

Sahih Muslim 918a

Quand son mari Abu Salama mourut, le Prophète ﷺ lui ferma doucement les yeux et recommanda à la famille de ne dire que du bien, car les anges disent āmīn à ce que l’on dit. Puis il pria pour lui en le nommant : « Ô Allah, pardonne à Abu Salama, élève son rang parmi les bien-guidés, élargis sa tombe et remplis-la de lumière » (Sahih Muslim 920a). La famille ferme les yeux du défunt, couvre le corps d’un drap et prie pour lui.

Il faut ensuite appeler la mosquée du quartier ou des pompes funèbres musulmanes, obtenir le certificat de décès et prévenir les proches. Le Prophète ﷺ a dit : « Hâtez-vous avec le convoi funèbre » (Sahih al-Bukhari 1315). L’enterrement a donc lieu en général dans la journée ou peu après, dans le respect de la loi du pays.

Les larmes sont naturelles à cette heure. Le Prophète ﷺ a pleuré à la mort de son propre fils, comme l’explique la réponse Est-il haram de pleurer un défunt ?

Comment se font la toilette mortuaire et le linceul ?

La toilette mortuaire (ghusl al-mayyit) est faite le plus souvent par des membres de la famille ou par des bénévoles formés, du même sexe que le défunt, avec douceur et dans l’intimité. Quand la fille du Prophète ﷺ mourut, il dit aux femmes qui la lavaient : « Lavez-la trois ou cinq fois, ou davantage si vous le jugez bon, avec de l’eau et des feuilles de jujubier, et mettez un peu de camphre dans la dernière eau » (Sahih al-Bukhari 1253). On lave le corps un nombre impair de fois, en commençant par le côté droit et par les parties du corps lavées lors des ablutions (wuḍūʾ), et il reste couvert du début à la fin.

Le linceul (kafan) est simple et blanc. Le Prophète ﷺ lui-même fut enveloppé dans trois pièces de coton blanc du Yémen, sans chemise ni turban (Sahih al-Bukhari 1264).

Comment faire la prière funéraire (janaza) ?

La prière funéraire est une obligation communautaire (farḍ kifāya) : dès qu’une partie de la communauté l’accomplit, le devoir est rempli pour tous. Elle se fait debout, sans inclinaison ni prosternation. Le Prophète ﷺ la priait avec quatre takbīrs (Sahih al-Bukhari 1333) :

  1. Premier takbīr : on récite al-Fātiḥa. Ibn ʿAbbās la récita lors d’une prière funéraire et expliqua qu’il l’avait fait « pour qu’ils sachent que c’est la Sunna » (Sahih al-Bukhari 1335). Dans la pratique hanafite, on commence plutôt par la formule de glorification d’ouverture (le thanāʾ).
  2. Deuxième takbīr : on prie sur le Prophète ﷺ, comme dans la dernière position assise de la prière quotidienne.
  3. Troisième takbīr : on invoque Allah pour le défunt : le pardon, la miséricorde, une tombe vaste et pleine de lumière.
  4. Quatrième takbīr : une brève pause, souvent avec une courte invocation, puis le salām.

Y assister vaut une grande récompense. Celui qui reste jusqu’à la fin de la prière gagne un qīrāṭ, et celui qui reste jusqu’à l’enterrement en gagne deux, « pareils à deux immenses montagnes » (Sahih al-Bukhari 1325). Les femmes peuvent y assister elles aussi : voir Les femmes peuvent-elles aller au cimetière et assister aux funérailles ?

Comment les musulmans sont-ils enterrés ?

Le corps est déposé dans la tombe sur le côté droit, face à la qibla. En plaçant le mort dans sa tombe, le Prophète ﷺ disait : « Au nom d’Allah, et selon la Sunna du Messager d’Allah » (Sunan Abi Dawud 3213, classé sahih par al-Albani). Les présents comblent ensuite la tombe ; le Prophète ﷺ jeta trois poignées de terre du côté de la tête d’un défunt (Sunan Ibn Majah 1565, classé sahih par al-Albani). Les musulmans enterrent leurs morts et ne les incinèrent pas.

Une fois l’enterrement terminé, le Prophète ﷺ se tenait près de la tombe et disait : « Demandez pardon pour votre frère, et demandez qu’il soit affermi, car il est maintenant interrogé » (Sunan Abi Dawud 3221, classé sahih par al-Albani). Ce qui se passe ensuite dans la tombe et au-delà est décrit dans Que se passe-t-il après la mort en islam ?

Combien de temps dure le deuil en islam ?

Le deuil dure trois jours, sauf pour la veuve, qui observe une période de quatre mois et dix jours (Sahih al-Bukhari 1280 ; Coran 2:234). Pendant cette ʿidda, elle vit sobrement et renonce aux parures, tout en continuant de sortir pour son travail, ses études et ses besoins.

Le devoir de la communauté est de porter la famille. Quand arriva la nouvelle de la mort de Jaʿfar ibn Abī Ṭālib, le Prophète ﷺ dit : « Préparez un repas pour la famille de Jaʿfar, car il leur est arrivé ce qui les accapare » (Sunan Abi Dawud 3132, classé hasan par al-Albani). Les voisins apportent des repas, les visiteurs présentent leurs condoléances (taʿziya) en quelques mots brefs et bienveillants, et chacun prie pour le défunt. Les morts profitent encore des vivants : « Quand l’homme meurt, ses œuvres s’arrêtent, sauf trois : une aumône qui perdure, un savoir dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui prie pour lui » (Sahih Muslim 1631).

Et si la famille n’est pas musulmane ?

Beaucoup de convertis ont des proches d’une autre religion, et la Sunna leur fait une place. La famille et les amis non musulmans peuvent assister aux funérailles et à l’enterrement, et il faut les accueillir avec chaleur. Un jour, le Prophète ﷺ se leva au passage d’un convoi funèbre ; quand on lui dit que c’était celui d’un juif, il répondit : « N’était-ce pas une âme ? » (Sahih al-Bukhari 1312). Dans le même esprit, les musulmans peuvent assister aux obsèques de leurs proches et amis non musulmans (voir Un musulman peut-il assister à un enterrement ou à un mariage chrétien ?). Là où les coutumes ou la loi locale diffèrent, les familles peuvent trouver un chemin avec patience, en gardant l’essentiel : la toilette, la prière et l’enterrement.

Une duʿāʾ pour conclure

Le Coran nous rappelle ce que toute vie a en partage :

كُلُّ نَفۡسٖ ذَآئِقَةُ ٱلۡمَوۡتِ

« Toute âme goûtera la mort. »

Coran 3:185

Qu’Allah pardonne à ceux que nous avons perdus, qu’Il élargisse leurs tombes et les remplisse de lumière, et qu’Il accorde à ceux qui les pleurent la patience, le réconfort et des retrouvailles dans Sa miséricorde.

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

Pourquoi les musulmans enterrent-ils leurs morts si vite ?

Le Prophète ﷺ a dit : « Hâtez-vous avec le convoi funèbre » (Sahih al-Bukhari 1315) ; on conduit donc le défunt à sa dernière demeure sans retard inutile. Un délai dû aux formalités légales, à une autopsie exigée par la loi ou à des proches qui arrivent de loin se comprend.

Un non-musulman peut-il assister à des funérailles musulmanes ?

Oui. Les proches et les amis non musulmans sont les bienvenus aux funérailles et à l'enterrement, pour entourer la famille et présenter leurs condoléances. Le Prophète ﷺ lui-même se leva par respect au passage du convoi funèbre d'un juif (Sahih al-Bukhari 1312).

L'incinération est-elle permise en islam ?

Non. Les musulmans enterrent leurs morts, à l'exemple du Prophète ﷺ et par égard pour l'honneur que le Coran accorde au corps humain. Là où la loi locale impose un cercueil, on peut l'utiliser.

Les femmes peuvent-elles assister à la janaza et à l'enterrement ?

Oui. Umm ʿAṭiyya rapporte qu'on avait déconseillé aux femmes de suivre les convois funèbres, sans jamais leur en faire une obligation (Sahih al-Bukhari 1278), et Aïcha fit passer la civière de Saʿd ibn Abī Waqqāṣ par la mosquée afin de prier sur lui (Sahih Muslim 973a). Voir la réponse complète sur les femmes, les funérailles et les tombes.

Quelle est la pratique chiite ?

L'école jaʿfarite (chiite) suit les mêmes étapes, toilette, linceul, prière et enterrement face à la qibla, avec quelques différences de détail dans la prière funéraire. Chaque famille suit la pratique de sa communauté.

Questions liées

Sources

  1. Sahih al-Bukhari, Kitāb al-Janāʾiz (1253, 1264, 1278, 1280, 1312, 1315, 1325, 1333, 1335)
  2. Sahih Muslim 918a, 920a, 1631
  3. Sunan Abi Dawud 3132, 3213, 3221
  4. « Funeral prayer (Islam) », présentation de la prière funéraire (Wikipédia, en anglais)

Image: ʿAli ibn Muhammad al-Barmaki, Mosque lamp of Amir Qawsun, Cairo, c. 1329–1335. Metropolitan Museum of Art, New York. CC0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images