Est-il haram de pleurer un mort ?
Question 1194
Question
L'islam permet-il de pleurer et de porter le deuil quand quelqu'un meurt, et les larmes font-elles du tort au défunt ?
Résumé de la réponse
Pleurer un mort est halal : c'est une miséricorde qu'Allah a déposée dans le cœur humain. Le Prophète ﷺ a pleuré son fils Ibrāhīm et a dit : « L'œil verse des larmes, le cœur s'attriste, et nous ne disons que ce qui agrée à notre Seigneur. » Allah ne punit ni les larmes ni la peine du cœur. La Sunna interdit les rites du désespoir : se frapper le visage, déchirer ses vêtements, prononcer des paroles qui protestent contre le décret d'Allah.
﴿وَأَنَّهُۥ هُوَ أَضۡحَكَ وَأَبۡكَىٰ﴾
Et c'est Lui qui fait rire et qui fait pleurer.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Pleurer quand quelqu’un meurt est halal. Les larmes versées pour un père, une mère, un enfant, un conjoint ou un ami disparu sont une miséricorde qu’Allah a déposée dans le cœur humain, et le Prophète ﷺ a pleuré ouvertement la mort de ceux qu’il aimait. Allah ne demande de comptes à personne pour les larmes de l’œil ni pour la peine du cœur. La Sunna interdit seulement les rites du désespoir hérités d’avant l’islam : se frapper le visage, déchirer ses vêtements, prononcer des paroles qui protestent contre le décret d’Allah.
Si vous êtes en deuil en ce moment, vous êtes en compagnie des prophètes. Laissez couler vos larmes, et faites-en des prières.
Le Prophète ﷺ a-t-il pleuré la mort de ses proches ?
Oui, et plus d’une fois. Lorsque son petit garçon Ibrāhīm agonisait chez la famille de sa nourrice, le Prophète ﷺ le prit dans ses bras, et ses yeux s’emplirent de larmes. ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf (qu’Allah l’agrée) s’étonna : « Toi aussi, Messager d’Allah ? » Il répondit : « Ibn ʿAwf, c’est la miséricorde », puis il pleura de nouveau et dit :
«إِنَّ الْعَيْنَ تَدْمَعُ، وَالْقَلْبَ يَحْزَنُ، وَلاَ نَقُولُ إِلاَّ مَا يَرْضَى رَبُّنَا، وَإِنَّا بِفِرَاقِكَ يَا إِبْرَاهِيمُ لَمَحْزُونُونَ»
« L’œil verse des larmes, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui agrée à notre Seigneur. Ô Ibrāhīm, ton départ nous plonge dans l’affliction. »
Quand le petit-fils qu’il avait par sa fille fut à son tour sur le point de mourir, ses yeux débordèrent encore, et Saʿd ibn ʿUbāda lui demanda ce que c’était. Il répondit : « C’est une miséricorde qu’Allah a placée dans le cœur de Ses serviteurs, et Allah fait miséricorde à ceux de Ses serviteurs qui sont miséricordieux » (Sahih al-Bukhari 1284).
Son amour pour les défunts ne s’arrêtait pas à la tombe. Des années après la mort de Khadīja, il parlait encore souvent d’elle, et lorsqu’il égorgeait un mouton, il en faisait porter des parts à ses amies (Sahih al-Bukhari 3818). Le chagrin qui devient un souvenir fidèle fait partie de la Sunna.
Que dit le Coran sur le chagrin ?
Le Coran raconte l’histoire d’un prophète qui a pleuré pendant des années. Quand Jacob (paix sur lui) perdit son fils Joseph, il se détourna des siens et laissa éclater sa douleur :
وَٱبۡيَضَّتۡ عَيۡنَاهُ مِنَ ٱلۡحُزۡنِ فَهُوَ كَظِيمٞ
« Ses yeux blanchirent de tristesse, et il contenait sa peine en lui-même. »
Quand ses fils le lui reprochèrent, il répondit : « Je ne confie ma détresse et mon chagrin qu’à Allah » (12:86). Son chagrin montait vers Allah, et Allah l’honora en lui rendant Joseph. Le Coran rappelle aussi que les larmes elles-mêmes viennent d’Allah : « Et c’est Lui qui fait rire et qui fait pleurer » (Coran 53:43).
Quelles formes de deuil sont interdites ?
Le Prophète ﷺ a dit : « N’est pas des nôtres celui qui se frappe les joues, déchire ses vêtements et pousse les cris de la Jāhiliyya » (Sahih al-Bukhari 1294). Avant l’islam, le deuil prenait souvent la forme d’un désespoir affiché en public, avec des cris de malheur et des protestations contre le sort. L’islam a remplacé ce rituel par les larmes, la patience et la prière.
La limite passe par la langue. En rendant visite à son Compagnon malade Saʿd ibn ʿUbāda, le Prophète ﷺ pleura, et ceux qui l’entouraient pleurèrent avec lui. Il dit alors :
«أَلاَ تَسْمَعُونَ إِنَّ اللَّهَ لاَ يُعَذِّبُ بِدَمْعِ الْعَيْنِ، وَلاَ بِحُزْنِ الْقَلْبِ، وَلَكِنْ يُعَذِّبُ بِهَذَا ـ وَأَشَارَ إِلَى لِسَانِهِ ـ أَوْ يَرْحَمُ»
« Écoutez donc : Allah ne châtie ni pour les larmes de l’œil ni pour la tristesse du cœur. Il châtie pour ceci (et il montra sa langue), ou bien Il fait miséricorde. »
Même un emportement dans les premières heures du deuil a été accueilli avec douceur. Un jour, le Prophète ﷺ passa près d’une femme qui pleurait sur une tombe et l’invita à la patience. Elle ne le reconnut pas et lui répondit de la laisser tranquille. Plus tard, elle vint s’excuser, et il se contenta de lui dire : « La patience, c’est au premier choc » (Sahih al-Bukhari 1283).
Le défunt est-il châtié quand sa famille pleure ?
Certains Compagnons, parmi lesquels ʿUmar et son fils ʿAbdullāh, rapportaient que « le mort est châtié à cause des pleurs de sa famille ». Quand ces propos parvinrent à Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à ʿUmar. Par Allah, le Messager d’Allah ﷺ n’a jamais dit qu’Allah châtie un croyant à cause des pleurs de sa famille. » Puis elle ajouta : « Le Coran vous suffit » (Sahih al-Bukhari 1288) :
وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٞ وِزۡرَ أُخۡرَىٰ
« Nulle âme ne portera le fardeau d’une autre. »
Ibn ʿAbbās, qui était présent, récita alors le verset : « C’est Lui qui fait rire et qui fait pleurer. » Vos larmes ne font aucun mal à l’être que vous aimez. Vos invocations, l’aumône que vous donnez en son nom et le bien que vous faites en sa mémoire lui parviennent, car « lorsque l’homme meurt, ses œuvres s’interrompent, sauf trois : une aumône continue, un savoir utile, ou un enfant vertueux qui prie pour lui » (Sahih Muslim 1631).
Combien de temps un musulman peut-il être en deuil ?
Le deuil officiel dure trois jours, et quatre mois et dix jours pour une veuve (voir Que font les musulmans lors d’un décès ?). Ces limites concernent les coutumes du deuil public. Le chagrin du cœur, lui, n’a pas d’échéance, et l’amour pour un défunt peut durer toute une vie, comme celui du Prophète ﷺ pour Khadīja.
Quelques manières de porter son chagrin avec foi :
- Dites l’invocation de la perte : « Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournons. Ô Allah, récompense-moi dans mon épreuve et donne-moi mieux à la place » (Sahih Muslim 918a).
- Priez pour le défunt en le nommant, donnez l’aumône en son nom et rendez visite à sa tombe (Les femmes peuvent-elles aller au cimetière et assister aux enterrements ?).
- Souvenez-vous de là où il s’en va. L’espérance des retrouvailles est décrite dans Que se passe-t-il après la mort en islam ?
- Demandez de l’aide si le chagrin devient trop lourd. Un deuil long ou écrasant peut se transformer en dépression, et parler à un thérapeute fait partie du soin que l’on se doit à soi-même (Un musulman peut-il consulter un psy ?).
Un dernier mot
Vos larmes sont un signe d’amour, et l’amour vient d’Allah. Qu’Il fasse miséricorde à celui ou celle que vous avez perdu, qu’Il élargisse sa tombe et l’emplisse de lumière, qu’Il console votre cœur et vous réunisse dans le Jardin où il n’y a plus de séparation.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Est-il haram de pleurer bruyamment lors d'un enterrement ?
Les larmes et les sanglots d'un cœur brisé sont une miséricorde, et le Prophète ﷺ lui-même pleurait au point que ses Compagnons l'interrogeaient à ce sujet. La Sunna interdit la mise en scène du désespoir : se frapper le visage, déchirer ses vêtements, pousser des cris qui protestent contre Allah (Sahih al-Bukhari 1294).
Les pleurs font-ils du mal au défunt ?
Non. Aïcha (qu'Allah l'agrée) a rejeté l'idée qu'un croyant soit châtié pour les larmes de sa famille, et elle a cité le Coran : « Nulle âme ne portera le fardeau d'une autre » (35:18). Vos larmes sont une miséricorde, et vos prières parviennent à l'être que vous aimez.
Est-il haram de pleurer un proche non musulman ?
Non. L'amour et le chagrin que l'on éprouve pour un parent, un enfant ou un ami d'une autre religion font partie de la miséricorde humaine. Le Prophète ﷺ a pleuré sur la tombe de sa propre mère, morte avant le début de sa mission, et a fait pleurer ceux qui l'entouraient (Sahih Muslim 976b).
Pleurer, est-ce manquer de patience (sabr) ?
Non. La patience consiste à retenir son cœur et sa langue de toute révolte contre Allah, et les larmes s'accordent avec elle. Le Prophète ﷺ pleurait et disait dans le même souffle : « Nous ne disons que ce qui agrée à notre Seigneur » (Sahih al-Bukhari 1303).
Questions liées
Sources
Image: ʿAli ibn Muhammad al-Barmaki, Mosque lamp of Amir Qawsun, Cairo, c. 1329–1335. Metropolitan Museum of Art, New York. CC0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images