Un musulman peut-il consulter un psy ?
Question 1188
Question
Un musulman a-t-il le droit de consulter un psychologue ou un thérapeute, y compris non musulman, et avoir besoin d'une thérapie est-il le signe d'une foi faible ?
Résumé de la réponse
Consulter un psy est permis, et souvent recommandé. Le Prophète ﷺ a dit que toute maladie a son remède et a demandé à ses Compagnons de se soigner ; or les maladies de l'esprit sont des maladies comme les autres. Des médecins musulmans comme al-Balkhi (m. 934) ont décrit des soins par la parole contre la tristesse et la peur, et les grands hôpitaux du Caire accueillaient les malades mentaux. On peut consulter un thérapeute compétent de n'importe quelle confession, et la thérapie va de pair avec la prière.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Si vous pensez à mettre fin à vos jours, appelez le 3114 en France, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable jour et nuit. Aux États-Unis, appelez ou envoyez un SMS au 988 ; au Royaume-Uni et en Irlande, appelez Samaritans au 116 123 ; ailleurs, composez le numéro d’urgence de votre pays. En Amérique du Nord, Naseeha (1-866-627-3342) offre une écoute confidentielle aux musulmans.
Un musulman peut consulter un psy, et beaucoup gagneraient à le faire. L’anxiété, la dépression, les traumatismes, le deuil et les autres souffrances de l’esprit sont des maladies, et le Prophète ﷺ a appris à sa communauté à soigner toute maladie. Entreprendre une thérapie, c’est prendre soin du dépôt (amāna) qu’est votre propre âme, et cela trouve sa place à côté de la prière, des duʿāʾ et de la confiance en Allah.
Est-il haram de consulter un psy en islam ?
Consulter un psy est permis, et quand on souffre, c’est recommandé. Le Prophète ﷺ a dit :
«لِكُلِّ دَاءٍ دَوَاءٌ فَإِذَا أُصِيبَ دَوَاءُ الدَّاءِ بَرَأَ بِإِذْنِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ»
« À chaque maladie son remède. Lorsque le remède juste atteint la maladie, elle guérit par la permission d’Allah, le Puissant, le Majestueux. »
Des Bédouins lui demandèrent un jour s’ils devaient se soigner. Il répondit : « Soignez-vous, car Allah n’a placé aucune maladie sans placer aussi son remède » (Sunan Abi Dawud 3855, jugé sahih par al-Albani). Le hadith ne fait aucune différence entre les maladies du corps et celles de l’esprit. Les savants comptent la préservation de la raison (ḥifẓ al-ʿaql, حفظ العقل) parmi les objectifs de la charia (maqāṣid al-sharīʿa), et la thérapie sert directement cet objectif.
Certains craignent qu’aller voir un psy soit un manque de confiance en Allah. Le Prophète ﷺ a répondu à cette inquiétude dans un autre contexte. Un homme lui demanda s’il devait attacher sa chamelle et s’en remettre à Allah, ou la laisser libre et s’en remettre à Allah. Il répondit : « Attache-la, et remets-t’en à Allah » (Jami al-Tirmidhi 2517, jugé hasan par al-Albani). Recourir aux moyens de la guérison fait partie de la confiance en Allah (tawakkul).
Qu’ont dit les premiers savants musulmans de la santé mentale ?
Des médecins musulmans ont écrit sur l’esprit des siècles avant la psychologie moderne. Abu Zayd al-Balkhi (m. 934), savant originaire de Balkh, est l’auteur des Maṣāliḥ al-Abdān wa-l-Anfus (Ce qui est bon pour le corps et pour l’âme). Il enseignait que le corps et l’âme agissent l’un sur l’autre, et il reprochait aux médecins de soigner le corps en ignorant la détresse intérieure du patient. Il distinguait la tristesse qui a une cause claire, comme un deuil, de la tristesse sans cause apparente ; pour la première, il recommandait de parler avec le patient et de l’aider à bâtir des pensées intérieures plus saines. Contre les peurs, il décrivait une exposition progressive. Les historiens de la psychologie voient dans son œuvre une forme précoce de thérapie cognitive.
Les hôpitaux (bīmāristāns) ont mis ces soins en pratique. L’hôpital fondé par Aḥmad ibn Ṭūlūn à Fustat en 872 soignait les troubles mentaux. Le grand hôpital al-Manṣūrī du Caire, achevé sous le sultan Qalāwūn en 1284, accueillait gratuitement les malades mentaux et recourait à la musique dans leur traitement. Les actes de fondation pieuse de ces hôpitaux précisaient que personne ne devait être renvoyé. Cet héritage appartient à chaque musulman qui pousse aujourd’hui la porte d’un cabinet. Voir L’islam soutient-il l’accès universel aux soins ?
Avoir besoin d’une thérapie, est-ce le signe d’une foi faible ?
Les prophètes eux-mêmes ont connu une profonde tristesse. Quand Jacob (paix sur lui) perdit Joseph, il le pleura jusqu’à ce que ses yeux blanchissent, et il dit :
إِنَّمَآ أَشۡكُواْ بَثِّي وَحُزۡنِيٓ إِلَى ٱللَّهِ
« Je ne me plains de ma détresse et de mon chagrin qu’à Allah. »
Le Prophète ﷺ a pleuré à la mort de son fils Ibrāhīm (voir Est-il haram de pleurer quand quelqu’un meurt ?). La tristesse, l’anxiété et la dépression frappent les croyants à la foi solide autant que ceux qui peinent, et elles sont une épreuve, jamais un verdict sur votre valeur. La réponse détaillée se trouve dans La dépression est-elle un manque de foi ?
La thérapie et l’adoration vont de pair. La duʿāʾ porte votre cœur devant Allah, la prière donne à votre journée son point d’ancrage, et un thérapeute vous aide à comprendre vos pensées et à prendre de nouvelles habitudes. Beaucoup de musulmans constatent que la thérapie leur rend la prière plus facile : un esprit moins accablé peut être plus présent devant Allah.
Un musulman peut-il consulter un psy non musulman ?
Oui. Ce qui compte, c’est la compétence et la fiabilité. Lors de l’hégire, quand sa vie dépendait de la route sûre vers Médine, le Prophète ﷺ et Abu Bakr engagèrent un guide expérimenté qui suivait encore la religion de Quraysh, lui confièrent leurs montures et suivirent ses indications (Sahih al-Bukhari 2263).
Dites à votre thérapeute que votre foi compte pour vous. Un bon thérapeute la respectera et en tiendra compte dans son travail. Certains musulmans préfèrent un thérapeute musulman qui partage leur langue et leurs valeurs, et cette préférence est sage là où un tel thérapeute est disponible. Des chercheurs comme la Dre Rania Awaad, qui dirige le Muslim Mental Health Lab de l’université Stanford, ont rédigé des guides pour intégrer les principes islamiques aux soins cliniques.
Parler de sa famille en thérapie, est-ce de la médisance ?
Évoquer les défauts de quelqu’un pour chercher de l’aide est une exception reconnue à l’interdiction de la médisance (ghība). Hind bint ʿUtba se plaignit au Prophète ﷺ que son mari Abu Sufyan était avare et ne lui donnait pas assez pour elle et ses enfants. Il répondit à son besoin sans lui reprocher d’avoir ainsi décrit son mari (Sahih al-Bukhari 5364). L’imam al-Nawawi (m. 1277), dans Riyāḍ al-Ṣāliḥīn, compte le fait de demander une solution à une personne de confiance parmi les cas où il est permis de parler des défauts d’autrui. Parlez dans le but de guérir, et gardez ce que vous confiez entre les murs du cabinet.
Un dernier mot
Si vous souffrez, demander de l’aide est un acte de foi. Le prophète Abraham (paix sur lui) a dit de son Seigneur :
وَإِذَا مَرِضۡتُ فَهُوَ يَشۡفِينِ
« Et quand je tombe malade, c’est Lui qui me guérit. »
Allah guérit par les moyens qu’Il a placés dans le monde, et un thérapeute compétent en fait partie. Demandez-Lui de vous guider vers la bonne personne, et faites le premier pas. Pour apprendre à prier avec vos propres mots, lisez Comment faire une invocation (dua) ?, et si la vie vous a semblé trop lourde à porter, lisez Est-il haram de demander la mort à Allah ?
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
La thérapie est-elle haram en islam ?
Non. La thérapie est une forme de soin médical, et le Prophète ﷺ a dit à ses Compagnons : « Soignez-vous, car Allah n'a placé aucune maladie sans placer aussi son remède » (Sunan Abi Dawud 3855). Prendre soin de son esprit sert l'un des objectifs fondamentaux de la charia, la préservation de la raison (ḥifẓ al-ʿaql).
Est-il haram de prendre des antidépresseurs ou d'autres médicaments psychiatriques ?
Non. Un médicament pour l'esprit est un traitement comme un autre, et le Prophète ﷺ a dit que lorsque le bon remède atteint la maladie, on guérit par la permission d'Allah (Sahih Muslim 2204). Prenez-le comme il vous a été prescrit et parlez à votre médecin de vos inquiétudes.
Puis-je consulter un thérapeute de l'autre sexe ?
Oui. Les juristes permettent de se faire soigner par un médecin de l'autre sexe en cas de besoin, et de bons soins en santé mentale sont un besoin réel. Choisissez le thérapeute auprès de qui vous pouvez parler le plus librement et en toute sécurité.
Faut-il voir un imam ou un psy ?
Souvent les deux. Un imam peut offrir un conseil spirituel et des duʿāʾ, tandis qu'un thérapeute formé peut poser un diagnostic et soigner la maladie. Beaucoup de musulmans trouvent le meilleur accompagnement auprès d'un thérapeute qui respecte leur foi, avec le soutien de leur communauté.
Questions liées
Sources
- Abu Zayd al-Balkhi, Maṣāliḥ al-Abdān wa-l-Anfus (Ce qui est bon pour le corps et pour l'âme)
- Sunan Abi Dawud 3855 (soignez-vous)
- Sahih Muslim 2204 ; Sahih al-Bukhari 2263, 5364
- al-Nawawi, Riyāḍ al-Ṣāliḥīn, chapitre sur la médisance permise
- Hooman Keshavarzi, Fahad Khan, Bilal Ali et Rania Awaad (dir.), Applying Islamic Principles to Clinical Mental Health Care (Routledge, 2020)
- Naseeha Mental Health Helpline
Image: Marsupium, The complex of Sultan Qalawun, Cairo, 2024. CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images