Qu’est-ce que le shirk (chirk) ?
Question 1215
Question
Que signifie le shirk en islam, qu’est-ce qui en relève, et peut-il être pardonné ?
Résumé de la réponse
Le shirk (شرك) consiste à associer à Allah : adorer une chose créée à côté de Lui, ou laisser l’argent, le pouvoir, un dirigeant ou ses propres désirs prendre Sa place dans le cœur. Le Coran l’appelle une injustice immense (31:13), et il promet aussi qu’Allah pardonne tous les péchés à ceux qui reviennent à Lui (39:53). Le Prophète ﷺ craignait pour sa communauté l’amour de ce monde plus que l’idolâtrie, et il a interdit aux musulmans de se traiter mutuellement de mécréants.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Le shirk (شرك) consiste à associer des partenaires à Allah. C’est le contraire du tawhid, l’unicité de Dieu, et le Coran le tient pour la plus grave injustice qu’une personne puisse commettre, parce qu’il donne à une chose créée la place du Créateur. Le conseil de Luqman à son fils le dit en une phrase : « Mon fils, n’associe rien à Allah : l’association est une injustice immense » (Coran 31:13). Le mot employé est ẓulm, l’injustice : le shirk est injuste envers Allah, envers la vérité, et envers l’âme humaine qui se prosterne devant ce qui ne peut la sauver.
Le même Coran qui met en garde contre le shirk ouvre à chacun le chemin du retour vers Allah, y compris à ceux qui l’ont un jour commis.
Qu’est-ce qui relève du shirk ?
Les savants en distinguent deux sortes.
Le grand shirk (al-shirk al-akbar) consiste à adorer autre chose qu’Allah, ou à côté de Lui : prier des idoles, traiter un être créé comme divin, ou croire qu’une autre puissance qu’Allah crée et maintient le monde. C’était la religion des idoles dressées autour de la Kaʿba, à laquelle le Prophète ﷺ est venu mettre fin.
Le petit shirk (al-shirk al-aṣghar) est plus subtil. Sa forme principale est l’ostentation dans l’adoration (riyāʾ) : prier, donner ou jeûner pour être vu et loué. Dans un hadith qudsi, Allah dit :
«أَنَا أَغْنَى الشُّرَكَاءِ عَنِ الشِّرْكِ مَنْ عَمِلَ عَمَلاً أَشْرَكَ فِيهِ مَعِي غَيْرِي تَرَكْتُهُ وَشِرْكَهُ»
« Je suis, de tous les associés, Celui qui se passe le mieux d’association. Quiconque accomplit une œuvre en M’y associant un autre, Je le laisse, lui et son association. »
Le remède au petit shirk est la sincérité (ikhlāṣ) : faire le bien pour Allah et ne plus se soucier de l’opinion des gens.
L’argent, le pouvoir ou l’ego peuvent-ils être une forme de shirk ?
Le Coran et la Sunna désignent des idoles qui n’ont pas de statue. Le Coran demande : « As-tu vu celui qui a pris sa passion pour divinité ? » (Coran 25:43). Il reproche à certains d’avoir « pris leurs rabbins et leurs moines pour seigneurs en dehors d’Allah » (9:31), et le Prophète ﷺ expliqua à ʿAdī ibn Ḥātim qu’ils l’avaient fait en laissant ces hommes déclarer licite ce qu’Allah avait interdit et interdire ce qu’Il avait permis (Jamiʿ al-Tirmidhi 3095, classé hasan par al-Albani). Toute autorité humaine qui prétend avoir, à la place d’Allah, le dernier mot sur le bien et le mal a été érigée en seigneur.
Le Prophète ﷺ s’inquiétait davantage de ce shirk caché chez ses fidèles que de l’idolâtrie. Vers la fin de sa vie, il leur dit :
«وَإِنِّي وَاللَّهِ مَا أَخَافُ عَلَيْكُمْ أَنْ تُشْرِكُوا بَعْدِي، وَلَكِنْ أَخَافُ عَلَيْكُمْ أَنْ تَنَافَسُوا فِيهَا»
« Par Allah, je ne crains pas pour vous que vous associiez après moi. Ce que je crains pour vous, c’est que vous rivalisiez entre vous pour ce bas monde. »
La savante Amina Wadud a développé ce qu’elle appelle le « paradigme tawhidique » : si Allah seul est au-dessus, aucun être humain ne se tient au-dessus d’un autre comme un seigneur. Selon cette lecture, l’homme qui s’érige en maître d’une femme, ou la race ou la classe qui s’élève au-dessus d’une autre, s’attribue un rang qui n’appartient qu’à Allah. Le shirk est une affaire de croyance, et c’est aussi une affaire de manière de traiter les autres. Voyez Qu’est-ce que le tawhid ?
Le shirk peut-il être pardonné ?
La sourate al-Nisāʾ dit : « Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit, et Il pardonne ce qui est moindre à qui Il veut » (Coran 4:48, repris en 4:116). Les commentateurs lisent ce verset avec les versets sur le repentir : il parle de celui qui rencontre Allah en restant attaché au shirk. Pour tous ceux qui reviennent à Lui, le Coran est sans ambiguïté :
۞قُلۡ يَٰعِبَادِيَ ٱلَّذِينَ أَسۡرَفُواْ عَلَىٰٓ أَنفُسِهِمۡ لَا تَقۡنَطُواْ مِن رَّحۡمَةِ ٱللَّهِۚ إِنَّ ٱللَّهَ يَغۡفِرُ ٱلذُّنُوبَ جَمِيعًاۚ إِنَّهُۥ هُوَ ٱلۡغَفُورُ ٱلرَّحِيمُ
« Dis : Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Allah pardonne tous les péchés. C’est Lui le Pardonneur, le Miséricordieux. »
La plupart des Compagnons avaient adoré des idoles avant l’islam, et Allah a fait d’eux la meilleure des générations. De ceux qui se repentent, Il dit : « Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes » (25:70). Et Il ne demande pas de comptes aux gens pour un message qui ne leur est jamais vraiment parvenu : « Nous ne châtions jamais avant d’avoir envoyé un messager » (17:15). L’imam al-Ghazali (mort en 1111) a soutenu dans Fayṣal al-Tafriqa que beaucoup de ceux qui n’ont jamais entendu le message sous sa forme véritable relèvent de la miséricorde d’Allah. Pour aller plus loin : Allah pardonne-t-Il tous les péchés ? et Les non-musulmans vont-ils en enfer ?
Les musulmans doivent-ils s’accuser mutuellement de shirk ?
Non. Le mot shirk a trop souvent été lancé à la figure d’autres musulmans : aux soufis qui visitent les mausolées, à ceux qui s’adressent à Allah par le rang du Prophète ﷺ (tawassul), aux musulmans chiites, à quiconque a une pratique qui semble inhabituelle. La plupart des savants sunnites au fil des siècles, ashʿarites, maturidites et soufis, ont permis le tawassul et la visite des tombes des vertueux, et ceux qui contestaient certaines de ses formes devaient malgré tout la bonne foi à leurs frères musulmans. Le Prophète ﷺ a averti que si quelqu’un traite son frère de mécréant, le mot retombe sur l’un des deux (Sahih al-Bukhari 6104).
L’appel du Coran à fuir le shirk invite chacun à examiner son propre cœur. Le croyant que le shirk inquiète devrait regarder d’abord son propre orgueil, son amour de l’argent et son désir d’être loué, et laisser à Allah le cœur des autres. Sur la place des chrétiens, que le Coran distingue des idolâtres, voyez Musulmans et chrétiens adorent-ils le même Dieu ?
Un dernier mot
Le shirk partage le cœur entre de nombreux maîtres ; le tawhid le rassemble dans l’Unique. La prière quotidienne du croyant, dans la sourate al-Fātiḥa, le dit à Allah en quatre mots : « C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous implorons le secours » (1:5). Qu’Allah libère nos cœurs de tout faux maître, et les garde tournés vers Lui seul.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Le shirk peut-il être pardonné ?
Oui, à quiconque revient à Allah. La plupart des Compagnons avaient adoré des idoles avant l’islam, et le Coran promet que les mauvaises actions de ceux qui se repentent seront changées en bonnes (25:70).
Quelle est la différence entre le grand shirk et le petit shirk ?
Le grand shirk consiste à adorer autre chose qu’Allah. Le petit shirk comprend l’ostentation dans l’adoration (riyāʾ) : accomplir une bonne action pour être loué des gens, une action qu’Allah dit abandonner à l’associé pour lequel elle a été faite (Sahih Muslim 2985).
Demander l’intercession du Prophète ﷺ, est-ce du shirk ?
La plupart des savants sunnites, au fil des siècles, ont permis de s’adresser à Allah par le rang du Prophète ﷺ ou des vertueux (tawassul), et certains savants plus tardifs ont contesté quelques-unes de ses formes. Aucun musulman qui prie Allah seul ne doit être traité d’associateur (mushrik) à cause de ce désaccord.
Les chrétiens sont-ils considérés comme des associateurs ?
Le Coran critique la doctrine de la Trinité, mais il traite les gens du Livre comme un groupe distinct des idolâtres (98:1), et il permet aux musulmans de manger de leur nourriture et de prendre épouse parmi eux (5:5).
Questions liées
Sources
- Sahih Muslim 2985 (« Je suis Celui qui se passe le mieux d’associé »)
- Sahih al-Bukhari 1344, 6104
- Jamiʿ al-Tirmidhi 3095 (les rabbins et les moines pris pour seigneurs)
- al-Ghazali, Fayṣal al-Tafriqa bayn al-Islām wa-l-Zandaqa
- Amina Wadud, Inside the Gender Jihad: Women’s Reform in Islam (Oneworld, 2006)
Image: Richard Mortel, Gold dinar of ʿAbd al-Malik ibn Marwan, dated AH 78 (697–698), 2017. David Collection, Copenhagen. CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images