Est-il haram de remettre l'islam en question ou d'avoir des doutes ?
Question 1212
Question
Est-ce un péché de poser des questions difficiles sur l'islam ou d'avoir des doutes sur ma foi ?
Résumé de la réponse
Poser des questions sur l'islam est permis, et le Coran l'honore. Abraham a demandé à son Seigneur de lui montrer comment Il redonne la vie aux morts, afin que son cœur soit apaisé (2:260), et Allah lui a répondu. Quand les Compagnons avouèrent des pensées trop troublantes pour être dites, le Prophète ﷺ leur répondit : « C'est là la foi pure » (Muslim 132). Le Coran invite à la réflexion et à la preuve, et al-Ghazali a trouvé la certitude au sortir d'une période de doute.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Beaucoup de musulmans portent en eux une question qu’ils n’osent pas formuler à voix haute, et à certains on a dit que la poser était déjà haram. La réponse du Coran est plus douce et plus courageuse. Questionner l’islam pour le comprendre est permis, et le Coran en fait l’éloge. L’un des plus grands prophètes a demandé à Allah de lui montrer comment Il ramène les morts à la vie, et Allah lui a répondu par un signe :
رَبِّ أَرِنِي كَيۡفَ تُحۡيِ ٱلۡمَوۡتَىٰۖ قَالَ أَوَلَمۡ تُؤۡمِنۖ قَالَ بَلَىٰ وَلَٰكِن لِّيَطۡمَئِنَّ قَلۡبِي
« “Seigneur, montre-moi comment Tu redonnes la vie aux morts.” Il dit : “Ne crois-tu donc pas ?” Il répondit : “Si, mais c’est pour que mon cœur soit apaisé.” »
Abraham (paix sur lui) croyait, et il a demandé malgré tout. Allah ne l’a pas réprimandé. Il lui a dit de prendre quatre oiseaux, et Il lui a montré.
Qu’a dit le Prophète ﷺ sur les doutes ?
Le Prophète ﷺ s’est rangé aux côtés d’Abraham et de sa question : « Nous sommes plus en droit de douter qu’Abraham », a-t-il dit, avant de réciter le verset (Sahih Muslim 151a). L’imam al-Nawawi (m. 1277), qu’Allah lui fasse miséricorde, a expliqué dans son commentaire de Sahih Muslim qu’Abraham n’a jamais douté de la puissance d’Allah : il voulait passer du savoir à la vision. Quelle que soit la lecture retenue, le Prophète ﷺ a choisi de parler de cette question avec humilité et de l’honorer.
Ses Compagnons, eux aussi, connaissaient des pensées troublantes. Certains vinrent lui dire qu’ils trouvaient en eux des choses si graves qu’aucun d’eux n’osait les prononcer. Il leur demanda s’ils les avaient vraiment ressenties, et quand ils répondirent oui, il leur dit :
«ذَاكَ صَرِيحُ الإِيمَانِ»
« C’est là la foi pure. »
Leur détresse devant ces pensées était elle-même un signe de foi. Le Prophète ﷺ a aussi annoncé que les gens ne cesseraient de s’interroger jusqu’à ce que quelqu’un dise : « Allah a créé toute chose, mais qui a créé Allah ? » Il n’a pas menacé cette personne. Il lui a appris à dire « Je crois en Allah » et à laisser passer la pensée (Sahih Muslim 134a).
Le Coran invite-t-il à poser des questions ?
Sans cesse. Il se décrit lui-même comme « un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, pour qu’ils méditent ses versets et que les gens doués d’intelligence en tirent leçon » (Coran 38:29). Il loue ceux qui réfléchissent à la création des cieux et de la terre (3:190–191). Il demande aux croyants de ne pas suivre ce dont ils n’ont aucune connaissance (17:36), et il répond aux prétentions de ses adversaires par un défi :
قُلۡ هَاتُواْ بُرۡهَٰنَكُمۡ إِن كُنتُمۡ صَٰدِقِينَ
« Dis : apportez votre preuve, si vous êtes véridiques. »
Un Livre qui demande aux autres leurs preuves s’attend à être examiné à son tour. Le Coran déclare aussi : « Nulle contrainte en religion » (2:256). Une foi tenue par la peur n’est pas la foi qu’Allah demande.
Et le verset qui dit de ne pas poser de questions ?
La sourate al-Māʾida dit aux croyants : « Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient dévoilées, vous peineraient » (5:101). Le verset parle des questions posées au Prophète ﷺ pendant que le Coran descendait encore, et qui risquaient de changer en obligation nouvelle une affaire qu’Allah avait laissée ouverte. Quand un homme demanda par trois fois si le hajj était dû chaque année, le Prophète ﷺ répondit que, s’il disait oui, ce serait une obligation que personne ne pourrait porter (Sahih Muslim 1337). Le verset protège les gens contre des charges supplémentaires. Il n’interdit pas à celui qui cherche de demander pourquoi, ni à celui qui doute de demander si c’est vrai.
Les grands savants ont-ils connu le doute ?
Oui. L’imam al-Ghazali (m. 1111), l’un des savants les plus honorés de l’histoire de l’islam, raconte dans son autobiographie, al-Munqidh min al-Ḍalāl (Erreur et délivrance), une période de doute profond qui dura environ deux mois. Il examina tour à tour les théologiens, les philosophes et les mystiques, et il trouva enfin la certitude, comme une lumière qu’Allah jeta dans son cœur. Son livre réconforte depuis neuf siècles les musulmans qui doutent.
Toute la théologie islamique (ʿilm al-kalām) est née de questions difficiles : sur la justice d’Allah, la liberté humaine, le mal et la souffrance. Les juristes demandaient, pour chaque jugement, sa preuve et sa raison. Une tradition qui s’est tant interrogée elle-même a de la place pour vos questions.
Que faire quand j’ai des doutes ?
- Demandez. Des voyageurs avaient donné sans savoir un avis sévère à un homme blessé, et le Prophète ﷺ dit : « Pourquoi n’ont-ils pas demandé, puisqu’ils ne savaient pas ? Le remède à l’ignorance, c’est de demander » (Sunan Abi Dawud 336, classé hasan par al-Albani ; d’autres critiques ont jugé sa chaîne faible).
- Trouvez des maîtres capables de vous entendre. Un bon savant ne fait jamais honte à une question. Cherchez des gens qui connaissent l’ampleur de la tradition, ses nombreuses écoles et sa critique du hadith (Tous les hadiths sont-ils authentiques ?), et la manière de lire le Coran dans son contexte (Comment interpréter le Coran ?).
- Distinguez l’islam des musulmans durs. Beaucoup de doutes naissent d’une réponse sans bienveillance. La tradition est plus large que ses voix les plus étroites, comme l’explique Qu’est-ce que l’islam progressiste ?
- Continuez de parler à Allah. Priez, même dans l’incertitude. La question d’Abraham était elle-même une prière.
- Prenez soin de votre esprit. Des pensées constantes et effrayantes au sujet de la foi peuvent être le signe d’une anxiété ou d’un TOC, et un traitement aide (La dépression est-elle un manque de foi ?).
Si vos questions vous éloignent de l’islam pour un temps, votre vie et votre dignité restent sacrées, et il n’y a nulle contrainte en religion. Voir Que se passe-t-il si l’on quitte l’islam ?
Une duʿāʾ pour conclure
Le Coran donne à chaque chercheur une courte prière :
وَقُل رَّبِّ زِدۡنِي عِلۡمٗا
« Et dis : Seigneur, accrois-moi en savoir. »
Qu’Allah fasse de chaque question sincère une porte vers Lui, et qu’Il donne à chaque cœur qui cherche le repos qu’Il a donné à Abraham.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Est-ce que je deviens non-musulman si j'ai des doutes ?
Non. Un doute passager, une question difficile ou une pensée troublante laissent la foi à sa place. Les Compagnons ont connu de telles pensées, et le Prophète ﷺ a appelé la détresse qu'elles leur causaient la foi pure (Sahih Muslim 132a).
Que faire des pensées intrusives au sujet d'Allah ?
Le Prophète ﷺ a enseigné que, lorsque vient la pensée « qui a créé Allah ? », on dit « Je crois en Allah » et on la laisse passer (Sahih Muslim 134a). Si ces pensées sont constantes et angoissantes, elles peuvent relever d'un TOC, qu'un thérapeute sait soigner.
Est-il haram de lire des critiques de l'islam ?
Lire pour comprendre est permis. Lisez en gardant à vos côtés les meilleurs travaux de la tradition, et portez vos questions à des gens de savoir qui y répondront avec patience.
Est-il haram de demander pourquoi une chose est haram ?
Chercher la raison et la preuve d'un jugement, c'est la méthode même des savants. Les juristes appelaient cela rechercher la cause (ʿilla) et la sagesse (ḥikma) du jugement.
Questions liées
Sources
- al-Ghazali, al-Munqidh min al-Ḍalāl (Erreur et délivrance)
- Sahih Muslim 132a, 134a, 151a (les doutes et la foi pure)
- Sunan Abi Dawud 336 (le remède à l'ignorance est de demander)
- al-Nawawi, Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim, sur le hadith d'Abraham et le doute
Image: Muhammad Zaman al-Munajjim al-Asturlabi, Planispheric astrolabe, Mashhad, 1654–1655. Metropolitan Museum of Art, New York. CC0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images