Travailler dans une banque est-il haram ?
Question 1175
Question
Un musulman a-t-il le droit de travailler dans une banque conventionnelle, par exemple comme guichetier, analyste, ingénieur logiciel ou chargé de prêts ?
Résumé de la réponse
Travailler dans une banque est halal. L'Académie de recherches islamiques d'al-Azhar a jugé en 2002 que les rendements bancaires fixés à l'avance sont licites, et selon cet avis le travail ordinaire d'une banque ne comporte aucun riba interdit. Les savants qui tiennent l'intérêt bancaire pour du riba citent la malédiction prononcée par le Prophète ﷺ contre celui qui l'écrit et ceux qui en témoignent (Muslim 1598), et beaucoup d'entre eux permettent tout de même les postes qui ne rédigent pas de contrats à intérêt. Le crédit prédateur est interdit selon tous les avis.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Travailler dans une banque est-il haram ? Les banques emploient des guichetiers, des analystes, des ingénieurs logiciels, des responsables de la conformité, des agents d’entretien et des conseillers financiers, et beaucoup de jeunes musulmans diplômés en finance ou en informatique se posent la question avant d’accepter une offre. L’avis le plus fort (al-rājiḥ) est que travailler dans une banque est halal. De nombreux grands savants, dont l’Académie de recherches islamiques d’al-Azhar, tiennent que l’intérêt bancaire réglementé est une transaction différente du riba que le Coran interdit. Gagner sa vie par un travail utile est en soi loué dans la Sunna : « Personne n’a jamais mangé de meilleure nourriture que celle qu’il a gagnée par le travail de ses mains » (Sahih al-Bukhari 2072).
Pourquoi certains savants disent-ils que travailler dans une banque est haram ?
L’avis plus strict repose sur un hadith rapporté par Jābir : le Prophète ﷺ a maudit celui qui consomme le riba, celui qui le verse, celui qui l’écrit et ses deux témoins, et il a dit qu’ils sont tous pareils (Sahih Muslim 1598). L’Académie internationale du fiqh islamique de Djeddah a statué en 1985 que tout surplus fixé au début d’un prêt est du riba. Les savants qui suivent cette résolution considèrent les prêts d’une banque comme du riba, et ses employés comme les scribes et les témoins du hadith. Certains d’entre eux interdisent tout emploi bancaire ; beaucoup n’interdisent que les postes qui rédigent, approuvent ou vendent des prêts à intérêt. C’est un avis reconnu, tenu par des savants sérieux, et le musulman qui refuse un poste en banque par prudence le suit de bonne foi.
L’intérêt bancaire est-il la même chose que le riba ?
Tout dépend de cette question, à laquelle répond en détail Les intérêts bancaires sont-ils haram ? Le Coran interdit le riba parce qu’il est une injustice, la multiplication des dettes qui ruinait les pauvres de La Mecque, et il en énonce le critère moral en quelques mots :
لَا تَظۡلِمُونَ وَلَا تُظۡلَمُونَ
« Vous ne léserez personne, et vous ne serez pas lésés. »
Muhammad Sayyid Tantawi, alors grand mufti d’Égypte, a permis en 1989 les intérêts de l’épargne et des obligations d’État. En 2002, l’Académie de recherches islamiques d’al-Azhar a jugé licite de placer son argent auprès de banques qui fixent le rendement à l’avance, au motif que la banque agit comme mandataire du déposant et qu’aucun texte du Coran ni de la Sunna n’interdit cette forme de transaction. Fazlur Rahman et Abdullah Saeed ont défendu, en savants, l’idée que le Coran visait l’exploitation des nécessiteux. Selon cet avis, le scribe d’une banque moderne consigne des contrats licites, et le Coran honore ce travail :
وَلۡيَكۡتُب بَّيۡنَكُمۡ كَاتِبُۢ بِٱلۡعَدۡلِۚ وَلَا يَأۡبَ كَاتِبٌ أَن يَكۡتُبَ كَمَا عَلَّمَهُ ٱللَّهُ
« Qu’un scribe l’écrive entre vous avec justice, et qu’aucun scribe ne refuse d’écrire comme Allah le lui a enseigné. »
Le plus long verset du Coran porte sur la consignation équitable des dettes, et l’employé de banque qui enregistre des prêts avec exactitude et justice fait ce que ce verset décrit.
Le poste occupé dans la banque compte-t-il ?
Selon l’avis permissif, tout poste licite dans une banque réglementée est permis. Selon l’avis plus strict, le poste compte beaucoup. Une banque fait circuler les salaires, l’épargne, les retraites et les paiements de villes entières, et la plupart de ses employés ne rédigent jamais un prêt : l’ingénieur qui sécurise les comptes, l’agent qui arrête la fraude, l’employé qui ouvre un compte pour une veuve. Beaucoup de savants de l’avis strict permettent ces emplois.
Selon tous les avis, certains produits sont interdits : les prêts sur salaire à court terme, les pièges de l’endettement tendus aux personnes aux abois, et les pénalités qui s’accumulent sur ceux qui ne peuvent pas payer. C’est le visage moderne du riba de la Jāhiliyya. Le musulman qui travaille dans une banque peut être celui qui plaide pour l’allègement des dettes, suivant l’ordre du Coran d’accorder un délai au débiteur en difficulté (2:280) et la prière du Prophète ﷺ : « Qu’Allah fasse miséricorde à l’homme qui se montre généreux quand il vend, quand il achète et quand il réclame son dû » (Sahih al-Bukhari 2076).
Les musulmans ont-ils connu la banque dans l’histoire ?
La civilisation musulmane a développé une finance raffinée bien avant les banques modernes. Sous les Abbassides, les changeurs et financiers (jahābidha) recevaient des dépôts et payaient sur ordre écrit (ṣakk), et les marchands envoyaient des fonds à travers l’empire par lettre de change (suftaja). Au XXe siècle, les musulmans ont fondé des banques islamiques, de la caisse d’épargne de Mit Ghamr, en Égypte, en 1963, à la Dubai Islamic Bank en 1975. Travailler dans une banque islamique est un beau choix ; apporter l’éthique musulmane dans une banque conventionnelle en est un autre.
Comment un musulman doit-il travailler dans une banque ?
- Soyez véridique avec les clients. « Celui qui trompe n’est pas des miens » (Sahih Muslim 102). Ne vendez jamais un produit de façon trompeuse.
- Traitez les emprunteurs avec miséricorde, surtout ceux qui sont en difficulté.
- Écoutez votre conscience. Si un poste vous trouble, souvenez-vous que le Prophète ﷺ a dit que le péché est « ce qui vacille dans ta poitrine » (Sahih Muslim 2553a). Changer d’équipe ou de banque vous reste toujours possible.
- Acquittez la zakat sur votre épargne, et mettez vos compétences au service de votre communauté : beaucoup de banques et d’associations musulmanes ont besoin d’expertise financière.
- Connaissez vos droits de travailleur (Que dit l’islam sur les droits des travailleurs ?en anglais). Les femmes ont le même droit que les hommes à ce travail (Une femme musulmane peut-elle travailler ?).
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Rechercher la grâce d’Allah
Le Coran envoie les croyants de la prière directement au marché : « Puis, quand la prière est achevée, dispersez-vous sur la terre, recherchez la grâce d’Allah, et invoquez Allah abondamment, afin que vous réussissiez » (62:10). Qu’Allah bénisse votre travail, qu’Il purifie vos gains, et qu’Il fasse de votre savoir-faire un instrument d’équité pour tous ceux qui se présentent à votre bureau.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Mon salaire de banque est-il halal ?
Selon l'avis de l'Académie de recherches islamiques d'al-Azhar, le salaire d'un travail licite dans une banque soumise à la réglementation est halal. Beaucoup de savants qui retiennent l'avis plus strict sur l'intérêt tiennent eux aussi ce salaire pour licite dans les postes qui ne rédigent ni n'approuvent de contrats à intérêt.
Puis-je travailler dans l'informatique, le service client ou la sécurité d'une banque ?
Oui. Ces postes font fonctionner les paiements, l'épargne et les comptes de millions de personnes, et même beaucoup de savants qui interdisent l'intérêt les permettent, puisque l'employé ne perçoit, ne verse ni n'enregistre de riba.
Vaut-il mieux travailler dans une banque islamique ?
Travailler dans une banque islamique est un bon choix pour qui le préfère. C'est une préférence, et le musulman qui travaille dans une banque conventionnelle selon l'avis permissif gagne sa vie de façon licite.
Que disent les savants hanafites du travail en banque ?
Beaucoup de savants hanafites d'aujourd'hui tiennent l'intérêt bancaire pour du riba et déconseillent les postes qui rédigent directement des contrats à intérêt. Abu Hanifa et Muhammad al-Shaybānī tenaient que certains contrats interdits entre musulmans sont permis avec des non-musulmans dans un territoire non régi par le droit musulman, et certains savants modernes appliquent ce principe au travail dans les banques occidentales.
Questions liées
Sources
- Mahmoud A. El-Gamal, « 'Interest' and the Paradox of Contemporary Islamic Law and Finance », Fordham International Law Journal 27 (2003), avec une traduction anglaise de la fatwa d'al-Azhar
- Académie internationale du fiqh islamique, résolution 10 (10/2) (Djeddah, 1985)
- Sahih Muslim 1598 (la malédiction du riba, de son scribe et de ses témoins)
- Sahih al-Bukhari 2072, 2076
- Abdullah Saeed, Islamic Banking and Interest (Brill, 1996)
Image: Diego Delso, The Vakil Bazaar, Shiraz, 2016. CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images