Les marchés de prédiction comme Polymarket et Kalshi sont-ils haram ?
Question 1265
Question
Un musulman a-t-il le droit d’acheter et de vendre des contrats d’événements sur des marchés de prédiction comme Polymarket, Kalshi, Robinhood ou Coinbase ?
Résumé de la réponse
Acheter des contrats d’événements sur Polymarket, Kalshi et les marchés de prédiction semblables est un jeu de hasard (maysir), et le jeu est haram selon le Coran (5:90–91). Chaque partie mise de l’argent sur un événement incertain, et le gagnant empoche ce que le perdant a misé. Une licence délivrée par un régulateur financier, un écran de trading et le talent du pronostiqueur ne changent pas la nature du contrat. L’entreprise qui achète un contrat uniquement pour compenser une perte réelle se rapproche de l’assurance, et son cas relève de l’appréciation des savants.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Si les paris sont devenus un combat pour vous ou pour un proche, une aide gratuite et confidentielle existe : en France, Joueurs Info Service répond tous les jours de 8 h à 2 h au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) ; aux États-Unis, appelez ou écrivez au 1-800-MY-RESET (1-800-697-3738) à toute heure ; en Grande-Bretagne, appelez la National Gambling Helpline au 0808 8020 133.
Les marchés de prédiction permettent à quiconque possède un téléphone de parier sur presque tout : un match de football, une élection, une décision de taux d’intérêt, une frappe de missiles. Polymarket et Kalshi sont les plus grands, et Robinhood, Coinbase et d’autres applications de trading proposent désormais les mêmes contrats. Les plateformes les appellent « contrats d’événements » et appellent leurs utilisateurs des « traders ». Dans la langue de la charia, acheter ces contrats est un jeu de hasard (maysir), et le jeu de hasard est haram. L’écran de trading, la licence fédérale et le talent du pronostiqueur ne changent rien à ce que fait le contrat.
Comment fonctionnent Polymarket et Kalshi ?
Chaque marché est une question assortie d’une échéance, par exemple : « La Réserve fédérale baissera-t-elle ses taux en décembre ? » Une part Oui rapporte 1 dollar si l’événement se produit et rien dans le cas contraire, et une part Non rapporte l’inverse. Les parts s’échangent entre 1 et 99 cents, et le prix reflète l’estimation de la foule sur les chances de l’événement. Chaque dollar versé aux gagnants vient de ceux qui ont acheté le mauvais côté.
Kalshi est une plateforme américaine agréée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), où l’on négocie en dollars. Polymarket fonctionne en cryptomonnaie ; elle a été fermée à la clientèle américaine par un accord conclu avec la CFTC en 2022, puis y est revenue par l’intermédiaire d’une plateforme américaine agréée qu’elle a rachetée en 2025. Le Pew Research Center a constaté que le volume mensuel cumulé des deux plateformes est passé de moins de 5 milliards de dollars en septembre 2025 à environ 24 milliards en avril 2026, soit plus que ce que traitaient les bookmakers sportifs légaux américains au cours d’un mois ordinaire de 2025. Depuis juillet 2024, le sport représente 80 % du volume de Kalshi et 39 % de celui de Polymarket. Plusieurs États américains ont poursuivi les plateformes en vertu de leurs lois sur les jeux d’argent.
Pourquoi les marchés de prédiction sont-ils haram ?
Le Coran interdit le jeu de hasard dans les termes les plus clairs :
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓاْ إِنَّمَا ٱلۡخَمۡرُ وَٱلۡمَيۡسِرُ وَٱلۡأَنصَابُ وَٱلۡأَزۡلَٰمُ رِجۡسٞ مِّنۡ عَمَلِ ٱلشَّيۡطَٰنِ فَٱجۡتَنِبُوهُ لَعَلَّكُمۡ تُفۡلِحُونَ
« Ô vous qui croyez, le vin, les jeux de hasard, les idoles et les flèches divinatoires ne sont qu’une souillure, œuvre de Satan. Écartez-vous-en, afin de réussir. »
Les juristes classiques définissaient le jeu de hasard (qimār) par sa structure. Ibn ʿĀbidīn (m. 1836), le grand juriste hanafite de Damas, expliquait qu’il tire son nom de la lune (qamar), qui croît et décroît, parce que chaque joueur peut perdre son argent au profit de l’autre ou gagner l’argent de l’autre. Un contrat d’événement correspond exactement à cette description. Deux personnes engagent de l’argent sur des réponses opposées à la même question, et quand la question est tranchée, l’une prend ce que l’autre a misé. Aucune marchandise ne change de mains, aucune entreprise n’est possédée, aucun travail n’est accompli. Tout le gain est la perte de l’autre partie.
Le Prophète ﷺ considérait même l’invitation au jeu comme un péché à expier : celui qui dit à un ami « Viens, je vais jouer avec toi » doit donner quelque chose en aumône (Sahih al-Bukhari 4860). Il a aussi interdit les ventes fondées sur une incertitude excessive (gharar) (Sahih Muslim 1513). Dans un contrat d’événement, l’incertitude est la chose même que l’on vend.
Les savants musulmans et les services de finance islamique qui ont examiné ces plateformes sont parvenus à la même conclusion. Une étude du Shariyah Review Bureau de septembre 2026, rédigée par le mufti Faraz Adam, conclut qu’un contrat d’événement binaire relève du qimār, puisque le gain d’une partie est la perte de l’autre. Les services de finance islamique Zoya et Islamic Finance Guru classent Polymarket et Kalshi parmi les jeux d’argent.
Abu Bakr n’a-t-il pas fait un pari de ce genre ?
Si, et cette histoire montre à quel moment la porte s’est fermée. Quand les premiers versets de la sourate al-Rūm annoncèrent que les Byzantins vaincus vaincraient les Perses « dans quelques années » (Coran 30:2–4), des hommes de Quraych proposèrent à Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) de parier là-dessus, et il accepta. Le narrateur précise : « C’était avant que les paris ne soient interdits » (Jami’ al-Tirmidhi 3194, jugé ṣaḥīḥ ḥasan gharīb par al-Tirmidhi). Les Byzantins l’emportèrent la septième année, et beaucoup de gens entrèrent en islam. Le pari d’Abu Bakr était en somme un marché de prédiction sur une guerre entre deux empires, et les versets de la sourate al-Māʾida, révélés plus tard à Médine, ont interdit tout pari de cette sorte.
La régulation par la CFTC change-t-elle quelque chose ?
Non. Une licence répond à la question du droit américain, et la charia pose une autre question : ce que fait réellement le contrat. Les juristes l’ont résumé dans une maxime, consignée comme troisième article du code civil ottoman (la Majalla) : dans les contrats, ce qui compte, ce sont les intentions et les significations, et non les mots et les formes. Un pari reste un pari quand on l’appelle contrat, quand les mises sont appariées par une plateforme d’échange plutôt que par un bookmaker, et quand les enjeux sont payés en dollars ou en stablecoins.
N’est-ce pas comme négocier des actions ou des contrats à terme ?
Une action est une part de propriété dans une entreprise réelle qui produit des biens et des services, si bien que tous ses propriétaires peuvent s’enrichir ensemble (Investir en bourse est-il haram ?). Un contrat d’événement ne possède rien. Sur l’ensemble de ses détenteurs, la somme est nulle, moins les frais de la plateforme, de sorte que le gain de chaque gagnant est la perte de quelqu’un d’autre.
Les contrats à terme et les options sont les plus proches cousins des contrats d’événements, et les savants se sont montrés stricts même envers eux. L’Académie internationale du fiqh islamique a jugé en 1992 (résolution 63) que les options telles qu’elles se négocient sur les marchés mondiaux sont illicites, et le mufti Muhammad Taqi Usmani a écrit que les contrats à terme conventionnels sont invalides, qu’on s’en serve pour spéculer ou pour se couvrir. Un contrat d’événement est plus éloigné du commerce licite que l’un et l’autre, car il ne repose sur aucune marchandise sous-jacente (Le day trading ou le trading d’options est-il haram ?en anglais). Revendre un contrat avant le dénouement de l’événement n’arrange rien non plus : c’est vendre un ticket de pari à la cote du moment.
Et si je gagne grâce à mes recherches et à mon talent ?
Le talent ne rend pas un pari licite. La course de chevaux et le tir à l’arc sont de purs concours d’adresse, et le Prophète ﷺ a permis d’y attribuer des prix (Sunan Abi Dawud 2574, classé sahih par al-Albani). Les juristes ont expliqué que le prix doit venir d’un parrain ou d’une seule des parties ; quand chaque concurrent verse sa part dans une cagnotte que le vainqueur emporte, cela devient un jeu de hasard, si habiles que soient les cavaliers. Le pronostiqueur qui étudie les sondages se trouve dans la position du cavalier habile qui a versé sa part dans la cagnotte (Les jeux d’argent et la loterie sont-ils haram ?).
Une entreprise peut-elle utiliser des contrats d’événements pour se couvrir ?
Un agriculteur peut craindre une sécheresse, un importateur un nouveau droit de douane. L’entreprise qui achète un contrat uniquement pour compenser une perte qu’elle risque réellement fait quelque chose de plus proche de l’assurance que du jeu, et Mustafa al-Zarqa ainsi que de nombreux savants après lui ont permis l’assurance (L’assurance est-elle haram ?). En 2018, l’Académie du fiqh a affirmé que la couverture des risques, c’est-à-dire la protection de ses biens contre le risque, s’accorde avec les finalités de la charia, et que tout instrument de couverture doit avoir pour but de protéger les biens et jamais de spéculer (résolution 224). Des savants comme le mufti Taqi Usmani rejettent néanmoins les produits dérivés conventionnels, même à des fins de couverture, et l’étude du Shariyah Review Bureau suggère de soumettre un tel cas à un comité charia pour un examen individuel. Il s’agit d’une question d’ijtihād étroite, propre aux entreprises. Elle ne concerne en rien celui qui parie sur le match de dimanche ou sur l’élection du mois prochain.
Quels autres torts ces marchés causent-ils ?
- Tirer profit de la guerre et de la mort. Les marchés de prédiction proposent des contrats sur la question de savoir si un pays en frappera un autre, si un dirigeant tombera, si des otages seront libérés avant une certaine date. Faire du sang versé une source de profit est bien loin de la miséricorde que le Coran demande aux croyants.
- Les paris d’initiés. En janvier 2026, un compte Polymarket ouvert une semaine plus tôt a misé environ 35 000 dollars sur la chute du président vénézuélien Nicolás Maduro peu avant l’opération américaine qui l’a capturé, et la presse a fait état d’un gain de plus de 400 000 dollars pour un parieur. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui triche n’est pas des miens » (Sahih Muslim 102).
- L’addiction dans chaque poche. On peut acheter un contrat sur n’importe quel match à toute heure, et les marchés ouverts pendant les matchs se dénouent en quelques minutes. La description coranique du vin et du jeu s’applique : ils « vous détournent du rappel d’Allah et de la prière » (Coran 5:91).
Que faire si j’ai déjà des positions ou des gains ?
- Arrêtez et retirez votre argent. Clôturez vos positions et récupérez votre propre argent.
- Donnez les gains. La majorité des savants conseillent de donner les gains de jeu aux pauvres ou à une œuvre d’intérêt général, sans compter ce don comme votre propre aumône.
- Revenez à Allah. Le repentir (tawba) est accepté, et Celui qui a interdit le pari est Celui qui pardonne.
- Demandez de l’aide si vous ne parvenez pas à arrêter. Supprimez les applications, bloquez les sites, confiez pour un temps la gestion de votre argent à une personne de confiance, et appelez les lignes d’écoute indiquées plus haut. Le jeu compulsif est une maladie, et le soigner fait partie de la foi.
Lire les cotes des marchés de prédiction comme une information n’est pas haram, puisque le lecteur ne mise rien. Détenir des actions d’entreprises qui exploitent ces marchés relève d’une autre question, celle du filtrage des investissements (Investir en bourse est-il haram ?).
Un dernier mot
Allah seul sait ce que demain apportera :
وَمَا تَدۡرِي نَفۡسٞ مَّاذَا تَكۡسِبُ غَدٗاۖ وَمَا تَدۡرِي نَفۡسُۢ بِأَيِّ أَرۡضٖ تَمُوتُۚ إِنَّ ٱللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرُۢ
« Nul ne sait ce qu’il gagnera demain, et nul ne sait sur quelle terre il mourra. Allah est Omniscient, parfaitement informé. »
Qu’Allah vous donne de vous contenter de ce qui est licite, qu’Il bénisse le travail de vos mains, et qu’Il libère chaque cœur de l’attrait du pari.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Polymarket est-il haram ?
Oui. Acheter des parts Oui ou Non sur Polymarket revient à parier sur un événement incertain : les gagnants sont payés avec les mises des perdants. Payer en cryptomonnaie ou passer par une plateforme américaine agréée n’y change rien.
Kalshi est-il halal parce qu’il est régulé par la CFTC ?
Non. La Commodity Futures Trading Commission décide si un contrat est licite au regard du droit américain. La charia regarde ce que fait le contrat, et un contrat d’événement de Kalshi fait toujours passer l’argent de ceux qui se sont trompés à ceux qui ont vu juste.
Est-il haram de consulter les cotes de Polymarket ?
Non. Lire les cotes comme une information, à la manière d’un sondage ou d’un bulletin météo, ne met rien en jeu. L’interdiction porte sur le fait de parier.
Que faire de l’argent gagné sur les marchés de prédiction ?
Retirez votre propre argent, clôturez vos positions et donnez les gains aux pauvres ou à une œuvre d’intérêt général sans les compter comme votre propre aumône, ce qui est l’avis majoritaire pour les gains de jeu. Puis tournez-vous vers Allah, qui aime ceux qui reviennent à Lui.
Questions liées
Sources
- Jami' al-Tirmidhi 3194 (le pari d’Abu Bakr sur les Romains)
- Sahih al-Bukhari 4860 ; Sahih Muslim 102, 1513
- Sunan Abi Dawud 2574
- Académie internationale du fiqh islamique, résolution 63 (1/7) sur les marchés financiers (Djeddah, 1992) et résolution 224 (8/23) sur la couverture des risques, dans Resolutions and Recommendations (3e éd. anglaise, 2024)
- Muhammad Taqi Usmani, Permissibility of Certain Financial Contracts (2015)
- Shariyah Review Bureau, When Probability Becomes Prohibited: Deconstructing Prediction Markets (septembre 2026)
- Zoya, Are Kalshi and Polymarket Halal or Haram? Prediction Markets in Islam (septembre 2026)
- Islamic Finance Guru, Are Prediction Markets Halal or Haram? (février 2026)
- Pew Research Center, Trading volume on prediction markets has soared in recent months (27 mai 2026)
- Christopher White, A big Polymarket bet on Maduro's capture raises questions about an insider trading scheme, The National News Desk (5 janvier 2026)
- National Council on Problem Gambling, National Helpline
Image: Richard Mortel, Gold dinar of ʿAbd al-Malik ibn Marwan, dated AH 78 (697–698), 2017. David Collection, Copenhagen. CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images