L’assurance est-elle haram ?

Question 1099

Question

Un musulman peut-il souscrire une assurance, santé, auto, habitation ou vie, ou s’agit-il d’une forme de jeu de hasard et d’incertitude ?

Résumé de la réponse

L’assurance est halal. Mettre de l’argent en commun pour que les quelques malchanceux soient portés par le grand nombre, c’est l’entraide que le Coran ordonne (5:2) et que le Prophète ﷺ a louée chez la tribu d’al-Ashʿar. Le juriste syrien Mustafa al-Zarqa, Dar al-Ifta d’Égypte et les avis de l’ayatollah Sistani permettent l’assurance, y compris l’assurance vie. D’autres préfèrent le takaful coopératif, et même eux admettent l’assurance qu’impose la loi ou qu’exigent la santé et la sécurité.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

A gold coin on dark cloth with Arabic inscriptions in plain Kufic letters across its face and around its rim.

La plupart des musulmans d’aujourd’hui paient une assurance d’une sorte ou d’une autre : une complémentaire santé pour la famille, l’assurance auto qu’impose la loi, la protection d’un logement ou d’un commerce, et une assurance vie pour que les enfants soient pris en charge si un parent meurt jeune. La question de savoir si l’assurance est haram naît de la préoccupation classique à l’égard de l’incertitude (gharar), du jeu de hasard (maysir) et de l’intérêt (ribā). L’avis le plus fort (al-rājiḥ) est que l’assurance est halal. C’est une forme moderne de l’entraide que le Coran ordonne, et les savants qui l’ont examinée avec le plus de soin l’ont permise.

L’assurance est-elle haram en islam ?

Ceux qui interdisent l’assurance commerciale avancent trois objections. L’indemnisation est incertaine, si bien que le contrat semble contenir du gharar, que le Prophète ﷺ a interdit dans les ventes (Sahih Muslim 1513). L’une des parties peut payer peu et recevoir beaucoup, ce qui ressemble à un jeu de hasard. Enfin, les assureurs placent les primes dans des actifs qui rapportent des intérêts.

Chaque objection a sa réponse. Le jeu de hasard crée un risque qui n’existait pas, pour qu’un joueur gagne ce qu’un autre perd ; l’assurance prend en charge un risque qui existe déjà, un incendie, une maladie, un accident, et en répartit le coût entre un grand nombre de personnes, pour que nul n’en soit ruiné. L’incertitude de l’événement est précisément ce contre quoi l’on se protège, tandis que le prix de la garantie et les conditions de l’indemnisation sont connus et acceptés. Dar al-Ifta d’Égypte a expliqué dans une fatwa de 2013 que l’assurance est un contrat de contribution mutuelle : l’incertitude qui vicierait une vente ne la vicie donc pas, et son usage répandu sans litiges, joint à la coutume (ʿurf) et à l’intérêt général (maṣlaḥa), confirme qu’elle est licite. La manière dont un assureur place ses réserves est une question distincte, et les fonds de takaful y répondent en investissant dans des actifs licites.

Que disent le Coran et la Sunna de l’entraide ?

Le Coran ordonne aux croyants de se porter les uns les autres :

وَتَعَاوَنُواْ عَلَى ٱلۡبِرِّ وَٱلتَّقۡوَىٰۖ وَلَا تَعَاوَنُواْ عَلَى ٱلۡإِثۡمِ وَٱلۡعُدۡوَٰنِۚ

« Aidez-vous les uns les autres à faire le bien et à craindre Allah, et ne vous aidez pas à pécher et à transgresser. »

Coran 5:2

Le Prophète ﷺ a fait l’éloge d’une tribu qui avait constitué sa propre caisse contre les temps difficiles :

«إِنَّ الأَشْعَرِيِّينَ إِذَا أَرْمَلُوا فِي الْغَزْوِ، أَوْ قَلَّ طَعَامُ عِيَالِهِمْ بِالْمَدِينَةِ جَمَعُوا مَا كَانَ عِنْدَهُمْ فِي ثَوْبٍ وَاحِدٍ، ثُمَّ اقْتَسَمُوهُ بَيْنَهُمْ فِي إِنَاءٍ وَاحِدٍ بِالسَّوِيَّةِ، فَهُمْ مِنِّي وَأَنَا مِنْهُمْ»

« Quand les gens d’al-Ashʿar viennent à manquer de provisions en expédition, ou que la nourriture de leurs familles s’épuise à Médine, ils rassemblent tout ce qu’ils possèdent dans une seule étoffe, puis se le partagent à parts égales, avec une même mesure. Ils sont des miens, et je suis des leurs. »

Sahih al-Bukhari 2486

Le droit musulman connaissait déjà la responsabilité partagée. Lorsqu’une personne cause une mort par accident, le prix du sang incombe à sa famille et à son clan (al-ʿāqila), si bien que la dette ruineuse d’un seul est portée par beaucoup. Le Coran raconte aussi comment Joseph (paix sur lui) sauva l’Égypte en stockant le grain pendant sept bonnes années en prévision de sept années difficiles (Coran 12:47). Prévoir la perte fait partie de la confiance en Allah. Quand un homme demanda s’il devait attacher sa chamelle ou la laisser libre en s’en remettant à Allah, le Prophète ﷺ répondit : « Attache-la, et place ta confiance en Allah » (Jamiʿ al-Tirmidhi 2517, classé hasan par al-Albani).

Qu’ont dit les savants de l’assurance ?

Ibn ʿAbidin (m. 1836), le juriste hanafite de Damas, fut l’un des premiers à écrire sur l’assurance, lorsque des marchands l’interrogèrent sur l’assurance maritime (sawkara). Dans Radd al-Muḥtār, il jugea qu’un marchand ne pouvait pas réclamer d’indemnisation à l’assureur, puisque celui-ci n’avait jamais eu les marchandises en dépôt.

Au XXe siècle, le juriste syrien Mustafa al-Zarqa (m. 1999) étudia l’assurance plus à fond que quiconque avant lui. Dans des communications présentées à un congrès de Damas en 1961 et à La Mecque en 1976, réunies plus tard dans son livre Niẓām al-Taʾmīn, il conclut que les contrats d’assurance sont valides, sauf si une police donnée contient une clause inacceptable, et il soutint que la frontière tracée entre assurance commerciale et assurance coopérative ne tient pas. Dar al-Ifta d’Égypte permet l’assurance commerciale et l’assurance vie, et les avis de l’ayatollah Sistani permettent toute forme d’assurance dont le contrat ne contient aucune condition interdite.

Les savants ont divergé (ikhtalafa al-ʿulamāʾ). L’Académie internationale du fiqh islamique de Djeddah a jugé en 1985 (résolution 9) que l’assurance commerciale à prime fixe est interdite, et elle a recommandé à sa place l’assurance coopérative. L’avis qui permet l’assurance est le plus fort : il s’appuie sur l’ordre coranique de s’entraider et sur les finalités de la charia (maqāṣid al-sharīʿa), qui protègent la vie, la famille et les biens, et il épargne aux musulmans une difficulté que la religion ne leur a jamais imposée.

Qu’est-ce que le takaful ?

Le takaful (de kafāla, garantie mutuelle) est une assurance coopérative. Les membres versent leur contribution à un fonds commun sous forme de don (tabarruʿ), les sinistres sont payés par ce fonds, les réserves sont placées dans des actifs licites, et l’excédent éventuel peut revenir aux membres. Là où l’on trouve, à un prix équitable, un bon fournisseur de takaful ou une mutuelle appartenant à ses sociétaires, c’est un excellent choix. Là où ce n’est pas le cas, l’assurance classique reste licite.

L’assurance santé est-elle haram ? Et l’assurance vie ?

L’assurance santé protège la vie et la santé, deux des cinq choses que la charia a pour raison d’être de préserver. Même les savants stricts sur l’assurance commerciale la permettent partout où s’en passer entraînerait une difficulté sérieuse, comme aux États-Unis. L’idéal de la charia va plus loin : des soins pour chacun, reconnus comme un droit, ce dont traite L’islam est-il favorable à une couverture santé universelle ?

L’assurance vie pourvoit aux besoins de ceux qui restent. Quand Saʿd ibn Abi Waqqas voulut donner la plus grande partie de ses biens, le Prophète ﷺ lui dit :

«إِنَّكَ أَنْ تَذَرَ وَرَثَتَكَ أَغْنِيَاءَ خَيْرٌ مِنْ أَنْ تَذَرَهُمْ عَالَةً يَتَكَفَّفُونَ النَّاسَ»

« Laisser tes héritiers riches vaut mieux que de les laisser dans le besoin, à tendre la main aux gens. »

Sahih al-Bukhari 1295

Pour les contrats qui comportent un volet d’investissement, vérifiez où va l’argent à l’aide des critères présentés dans Investir en bourse est-il haram ?, et évitez autant que possible les produits à intérêt (Les intérêts bancaires sont-ils haram ?). L’assurance est d’ailleurs l’opposé du pari que le Coran interdit, comme l’explique Les jeux d’argent et le loto sont-ils haram ?

Un dernier mot

L’assurance est l’une des façons dont une famille attache sa chamelle. Le cœur, lui, continue de s’appuyer sur Allah, qui seul protège, et le Coran apprend au croyant à Lui demander le bien dans les deux mondes :

رَبَّنَآ ءَاتِنَا فِي ٱلدُّنۡيَا حَسَنَةٗ وَفِي ٱلۡأٓخِرَةِ حَسَنَةٗ وَقِنَا عَذَابَ ٱلنَّارِ

« Notre Seigneur, accorde-nous une belle part ici-bas et une belle part dans l’au-delà, et préserve-nous du châtiment du Feu. »

Coran 2:201

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

L’assurance vie est-elle haram ?

Selon l’avis le plus fort, l’assurance vie est permise. Dar al-Ifta d’Égypte l’a jugée licite en 2013, les avis de l’ayatollah Sistani la permettent, et elle met en pratique le conseil du Prophète ﷺ de laisser ses héritiers à l’abri du besoin.

L’assurance auto est-elle haram ?

L’assurance auto est aujourd’hui permise par toutes les écoles, y compris par les savants stricts sur l’assurance commerciale, car la loi l’impose et elle protège les victimes d’accidents.

Que dit le fiqh hanafite de l’assurance ?

Ibn ʿAbidin (m. 1836), le grand juriste hanafite de Damas, fut l’un des premiers à traiter de l’assurance maritime, et il n’admettait pas les demandes d’indemnisation qui en découlaient. Beaucoup de muftis hanafites gardent aujourd’hui sa prudence, tout en permettant l’assurance qu’impose la loi ou qu’exige une difficulté sérieuse.

Quel est l’avis chiite sur l’assurance ?

Les avis de l’ayatollah Sistani permettent toutes les formes d’assurance, y compris l’assurance vie, tant que le contrat ne contient aucune condition illicite.

Est-il haram de travailler dans une compagnie d’assurance ?

Selon l’avis le plus fort, l’assurance est un contrat licite ; travailler dans ce secteur procure donc un salaire licite. Aider des familles à se relever d’une maladie, d’un incendie ou d’une perte est une belle œuvre.

Questions liées

Sources

  1. Mustafa al-Zarqa, Niẓām al-Taʾmīn: Ḥaqīqatuhu wa-l-Raʾy al-Sharʿī fīh
  2. Dar al-Ifta al-Misriyyah, fatwa 5855 : l’assurance automobile tous risques (2013)
  3. Académie internationale du fiqh islamique, résolution 9 (9/2) sur l’assurance et la réassurance, Djeddah, 1985
  4. Ibn ʿAbidin, Radd al-Muḥtār ʿalā al-Durr al-Mukhtār
  5. Sahih al-Bukhari 2486, 1295
  6. I.M.A.M. (bureau de l’ayatollah Sistani), « Is buying life insurance permissible? »

Image: Richard Mortel, Gold dinar of ʿAbd al-Malik ibn Marwan, dated AH 78 (697–698), 2017. David Collection, Copenhagen. CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images