Le don du sang est-il permis en islam ?

Question 1187

Question

Un musulman a-t-il le droit de donner son sang, de recevoir une transfusion, et de recevoir le sang d'un donneur non musulman ?

Résumé de la réponse

Donner son sang est halal, et c'est une grande aumône, car celui qui sauve une vie est comme s'il avait sauvé l'humanité tout entière (5:32). L'Académie internationale du fiqh islamique a permis en 1988 le don des tissus qui se renouvellent, comme le sang, et a établi en 2018 que le don du sang ne rompt pas le jeûne. Recevoir du sang est permis, quelle que soit la religion du donneur. Le sang se donne gratuitement, car le Prophète ﷺ en a interdit la vente.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

The tall stone facade of a Mamluk hospital, madrasa, and mausoleum complex, with pointed-arch windows, a dome, and an ornate minaret against a blue sky.

Chaque jour, les hôpitaux ont besoin de sang pour les victimes d’accidents, pour les mères qui font une hémorragie à l’accouchement, pour les enfants atteints d’un cancer, et pour les malades de la drépanocytose et de la thalassémie, des maladies fréquentes dans les familles d’origine africaine, moyen-orientale et sud-asiatique. Le don du sang est halal, et c’est l’une des aumônes les plus pures qu’un musulman puisse offrir. Recevoir du sang est halal aussi, quelle que soit la religion du donneur. Le Coran met la valeur d’une seule vie en regard de celle du genre humain tout entier, et les conseils de fiqh encouragent le don du sang depuis des décennies.

Le don du sang est-il halal en islam ?

Après le récit du premier meurtre, le Coran énonce une loi pour toute l’humanité :

وَمَنۡ أَحۡيَاهَا فَكَأَنَّمَآ أَحۡيَا ٱلنَّاسَ جَمِيعٗا

« Et quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité tout entière. »

Coran 5:32

Une poche de sang donnée pendant la pause de midi peut être cette vie sauvée. Le Prophète ﷺ a promis : « Celui qui soulage un croyant d’une des détresses de ce monde, Allah le soulagera d’une des détresses du Jour de la Résurrection » (Sahih Muslim 2699a), et peu de détresses sont plus grandes que celle d’un lit d’hôpital qui attend du sang.

L’Académie internationale du fiqh islamique s’est penchée sur la question à Djeddah, en février 1988. Dans sa résolution 26, elle a défini les organes du corps comme incluant le sang, et elle a statué qu’« un organe peut être greffé du corps d’une personne au corps d’une autre s’il se régénère de lui-même, comme le sang et la peau », à condition que le donneur soit juridiquement capable. Le corps remplace le sang donné en quelques semaines, si bien qu’un adulte en bonne santé donne sans perte durable. Le même raisonnement fonde la permission plus large du don d’organes accordée par les conseils de fiqh (Le don d’organes est-il permis en islam ?).

Le sang n’est-il pas impur et interdit ?

Le Coran interdit de consommer « le sang répandu » (Coran 6:145), comme la bête morte et le porc. Cette règle concerne la nourriture. Une transfusion est un traitement médical qui entre dans les veines pour maintenir un patient en vie, et même ce qui est interdit comme aliment devient permis en cas de nécessité (2:173). Prélever du sang du corps pour la santé a un précédent clair dans la Sunna : le Prophète ﷺ s’est fait soigner par la saignée (ḥijāma), il a payé l’homme qui la lui avait faite, et Ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée) a fait remarquer qu’il ne l’aurait pas payé si c’était illicite (Sahih al-Bukhari 2103).

Un musulman peut-il recevoir le sang d’un non-musulman ?

Oui. Le sang n’a pas de religion, et Allah dit : « Nous avons honoré les enfants d’Adam » (17:70). Un musulman peut recevoir le sang de n’importe quel donneur, et le don d’un musulman peut sauver un patient de n’importe quelle religion. L’Académie du fiqh a aussi statué en 2009 (résolution 184) que lorsque les médecins jugent un traitement comme la transfusion urgent et nécessaire, le patient capable de décider a le devoir d’y consentir. Refuser une transfusion nécessaire par scrupule religieux n’a aucun fondement dans la charia, et les craintes d’une famille ne doivent jamais se dresser entre un patient et les soins qui lui sauveront la vie (L’islam soutient-il l’accès universel aux soins ?).

Le don du sang rompt-il le jeûne ou les ablutions ?

Le Prophète ﷺ s’est fait poser des ventouses alors qu’il jeûnait (Sahih al-Bukhari 1938), et la plupart des juristes ont tenu que la ḥijāma ne rompt pas le jeûne. En 2018, réunie à Médine, l’Académie du fiqh a statué dans sa résolution 219 que le sang prélevé « pour une analyse en laboratoire ou pour un don » ne rompt pas le jeûne. Elle a aussi statué que recevoir une transfusion le rompt, car le sang contient une grande quantité de liquide ; le patient qui en a besoin est excusé et rattrape ce jour plus tard. Beaucoup de donneurs préfèrent tout de même donner après l’iftar, quand ils peuvent boire et se reposer (Qu’est-ce qui rompt le jeûne du Ramadan ?).

Sur les ablutions, les écoles divergent. L’école hanafite tient que le sang qui coule du corps annule les ablutions, tandis que les écoles chaféite et malikite tiennent qu’il ne les annule pas. Le donneur qui suit l’avis hanafite refait ses ablutions avant la prière suivante (Qu’est-ce qui annule les ablutions ?).

Peut-on vendre son sang ou son plasma ?

Le Prophète ﷺ a interdit « le prix du sang » (Sahih al-Bukhari 2086), et l’Académie du fiqh a statué qu’aucun organe ne peut être vendu. La plupart des savants tiennent donc que le sang et le plasma doivent être donnés gratuitement. L’Académie a laissé ouverte, comme matière à un ijtihād ultérieur, la question de savoir si un donneur peut accepter le remboursement de ses frais ou « une compensation volontaire en signe de reconnaissance ». Le musulman qui a besoin de sang et ne peut l’obtenir qu’en payant ne commet aucun péché en payant.

Comment les communautés musulmanes peuvent-elles aider ?

  • Organisez des collectes de sang dans les mosquées et les centres islamiques, surtout les soirs de Ramadan et les week-ends de l’Aïd.
  • Encouragez les jeunes à s’inscrire comme donneurs, car certains groupes sanguins rares sont plus fréquents dans certaines populations et trouvent leurs meilleurs donneurs parmi les personnes de même origine.
  • Donnez en mémoire d’un être cher. Beaucoup de communautés chiites organisent des collectes de sang pendant Muḥarram en mémoire de l’imam Ḥusayn, faisant du deuil une source de vie pour les autres.
  • Inscrivez-vous aussi sur un registre de donneurs de cellules souches ou de moelle osseuse, qui sauve des patients atteints de leucémie et d’autres maladies du sang.

Un seul corps

Le Prophète ﷺ a décrit les croyants comme un seul corps vivant :

«مَثَلُ الْمُؤْمِنِينَ فِي تَوَادِّهِمْ وَتَرَاحُمِهِمْ وَتَعَاطُفِهِمْ مَثَلُ الْجَسَدِ إِذَا اشْتَكَى مِنْهُ عُضْوٌ تَدَاعَى لَهُ سَائِرُ الْجَسَدِ بِالسَّهَرِ وَالْحُمَّى»

« Les croyants, dans leur affection, leur miséricorde et leur bienveillance les uns envers les autres, sont comme un seul corps : quand l’un de ses membres souffre, le corps tout entier lui répond par l’insomnie et la fièvre. »

Sahih Muslim 2586a

Quand vous relevez votre manche, ce corps devient réel. Qu’Allah accepte chaque goutte que vous donnez, et qu’Il en fasse une cause de guérison pour un inconnu et de miséricorde pour vous, le Jour où vous en aurez le plus besoin.

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

Le don du sang rompt-il le jeûne ?

Non. L'Académie internationale du fiqh islamique a établi en 2018 que le sang prélevé pour un don ou pour une analyse ne rompt pas le jeûne. Beaucoup de donneurs préfèrent tout de même donner après l'iftar, quand ils peuvent boire et manger pour récupérer.

Le don du sang annule-t-il les ablutions ?

Dans l'école hanafite, le sang qui coule du corps annule les ablutions : le donneur hanafite refait donc ses ablutions avant la prière suivante. Les écoles chaféite et malikite considèrent qu'il ne les annule pas.

Vendre son plasma est-il haram ?

Le Prophète ﷺ a interdit le prix du sang (Sahih al-Bukhari 2086) : la plupart des savants interdisent donc de vendre son sang ou son plasma. Le dédommagement des frais et du temps est une question que l'Académie du fiqh a laissée ouverte à l'ijtihād, et donner gratuitement reste toujours la meilleure voie.

Un musulman peut-il recevoir le sang d'un non-musulman ?

Oui. Le sang humain n'a pas de religion, et Allah a honoré tous les enfants d'Adam (17:70). Aucun conseil de fatwa ne restreint les transfusions selon la religion du donneur.

Questions liées

Sources

  1. Académie internationale du fiqh islamique, résolution 26 (1/4) sur la greffe d'organes (Djeddah, 1988)
  2. Académie internationale du fiqh islamique, résolutions 184 (10/19) sur le consentement aux interventions chirurgicales d'urgence (Charjah, 2009) et 219 (3/23) sur ce qui rompt le jeûne dans les soins médicaux (Médine, 2018), dans Resolutions and Recommendations (3e éd. anglaise, 2024)
  3. Sahih al-Bukhari 1938, 2086, 2103
  4. Sahih Muslim 2586a, 2699a
  5. NHS Blood and Transplant, « An Islamic perspective on organ donation »

Image: Marsupium, The complex of Sultan Qalawun, Cairo, 2024. CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images