Une femme musulmane peut-elle voyager seule ?
Question 1064
Question
Une femme musulmane a-t-elle le droit de voyager sans mahram, pour ses études, son travail, le hajj ou ses loisirs ?
Résumé de la réponse
Une femme musulmane peut voyager seule quand la route est sûre. Le hadith qui exige un mahram pour les longs voyages visait sa protection, et la distance qu'il fixe change d'une version à l'autre. Le Prophète ﷺ a annoncé, comme le signe de temps heureux, une femme faisant route de l'Irak jusqu'à La Mecque sans craindre personne d'autre qu'Allah. Malik, al-Shafiʿi et Ibn Taymiyya ont permis aux femmes le hajj sans mahram, et l'Arabie saoudite elle-même le permet désormais.
Réponse
الحمد لله Louange à Allah.

Une femme musulmane peut voyager seule quand la route est sûre. Elle peut partir pour étudier, pour travailler, pour rendre visite à sa famille, pour découvrir le monde, et pour accomplir le hajj et la omra. Le hadith qui demande à la femme de voyager avec un mahram, un proche parent masculin, a été donné pour la protéger sur des routes dangereuses. Le Prophète ﷺ lui-même a décrit le jour où une femme traverserait l’Arabie sans craindre personne d’autre qu’Allah, et il l’a compté parmi les bienfaits à venir. Là où la sécurité est assurée, le but de la règle est atteint.
Que dit le Coran sur le voyage ?
Le Coran invite chaque croyant à voyager et à apprendre :
قُلۡ سِيرُواْ فِي ٱلۡأَرۡضِ فَٱنظُرُواْ كَيۡفَ بَدَأَ ٱلۡخَلۡقَ
« Dis : parcourez la terre, et voyez comment Il a commencé la création. »
هُوَ ٱلَّذِي جَعَلَ لَكُمُ ٱلۡأَرۡضَ ذَلُولٗا فَٱمۡشُواْ فِي مَنَاكِبِهَا وَكُلُواْ مِن رِّزۡقِهِۦ
« C’est Lui qui vous a rendu la terre docile ; parcourez-en donc les étendues et mangez de ce qu’Il vous accorde. »
Ces commandements s’adressent à tous les croyants. Les femmes comptent parmi les premiers voyageurs de l’islam : elles ont émigré en Abyssinie et à Médine, et Umm Salama fut l’une des premières femmes à arriver à Médine comme émigrée.
Que dit le hadith du mahram ?
Le Prophète ﷺ a dit : « Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de faire, sans mahram, un voyage d’un jour et d’une nuit » (Sahih al-Bukhari 1088). La distance change d’une version à l’autre. Une autre version parle de deux jours (Sahih al-Bukhari 1197), une autre de trois jours (Sahih al-Bukhari 1086), et une autre ne fixe aucune distance (Sahih al-Bukhari 1862). Dans ce dernier récit, un homme expliqua que sa femme partait pour le hajj alors que lui-même était enrôlé pour une expédition, et le Prophète ﷺ lui dit de partir avec elle.
Ces distances différentes laissent voir une règle façonnée par les circonstances. Dans l’Arabie du VIIe siècle, une femme qui traversait le désert s’exposait aux brigands, aux marchands d’esclaves et aux tribus en guerre. Un parent masculin était sa protection, et le hadith la lui garantissait.
Le Prophète ﷺ a-t-il annoncé des femmes voyageant sans crainte ?
Oui, et il l’a décrit comme un signe du bien que l’islam apporterait. Un homme vint se plaindre auprès de lui des brigands de grand chemin, et le Prophète ﷺ se tourna vers ʿAdī ibn Ḥātim, un chef de la tribu de Ṭayyiʾ, dont les pillards étaient redoutés sur cette route même :
«فَإِنْ طَالَتْ بِكَ حَيَاةٌ لَتَرَيَنَّ الظَّعِينَةَ تَرْتَحِلُ مِنَ الْحِيرَةِ، حَتَّى تَطُوفَ بِالْكَعْبَةِ، لاَ تَخَافُ أَحَدًا إِلاَّ اللَّهَ»
« Si ta vie se prolonge, tu verras la femme en palanquin partir d’al-Ḥīra et aller jusqu’à faire le tour de la Kaʿba, sans craindre personne d’autre qu’Allah. »
Al-Ḥīra se trouvait dans le sud de l’Irak, à de longues semaines de route de La Mecque. ʿAdī dit plus tard : « J’ai vu la femme en palanquin partir d’al-Ḥīra et aller jusqu’à faire le tour de la Kaʿba, sans craindre personne d’autre qu’Allah. » Le Prophète ﷺ a fait d’une femme qui traverse le désert sans peur la marque de la sécurité et de la justice, et il en a fait l’éloge.
Qu’ont dit les savants classiques ?
Les savants ont divergé (ikhtalafa al-ʿulamāʾ), et beaucoup des plus grands d’entre eux ont permis aux femmes de voyager sans mahram dès lors que leur sécurité était assurée. Le cas le plus clair est celui du hajj. Après la mort du Prophète ﷺ, ʿUmar envoya les Mères des croyants au hajj sous l’escorte de ʿUthmān ibn ʿAffān et de ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf, dont aucun n’était de leur parenté (Sahih al-Bukhari 1860).
- Malik permettait à une femme de voyager pour le hajj obligatoire avec un groupe de femmes.
- Al-Shafiʿi le permettait avec une seule musulmane digne de confiance, et certains juristes chaféites, comme le rapportent Ibn Hajar et al-Nawawi, permettaient à la femme de voyager seule quand la route était sûre.
- Al-Awzāʿī permettait le voyage en compagnie de gens dignes de confiance.
- Ibn Taymiyya (m. 1328) tenait que « toute femme en sécurité peut accomplir le hajj sans mahram », et il étendait ce jugement à tout voyage entrepris dans l’obéissance à Allah, comme le rapporte Ibn Mufliḥ dans al-Furūʿ.
- Ibn Hazm tenait qu’une femme qui n’a ni mari ni mahram avec qui voyager part tout de même au hajj.
L’école hanafite classique était plus stricte : elle exigeait un mahram pour un voyage de trois jours ou plus. L’avis le plus fort (al-rājiḥ) suit le but de la règle : là où le voyage est sûr, une femme peut voyager seule.
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Voyager aujourd’hui, c’est prendre le train ou l’avion, dormir à l’hôtel, garder un téléphone en poche, sous la protection de lois faites pour les voyageurs. Une femme qui prend l’avion pour un congrès n’est jamais seule dans un désert. Des États musulmans l’ont reconnu. Depuis août 2019, l’Arabie saoudite permet aux femmes de plus de 21 ans d’obtenir un passeport et de voyager sans l’autorisation d’un tuteur, et depuis 2021 elle accepte les inscriptions au hajj de femmes sans mahram.
Les femmes voyagent aujourd’hui pour étudier la médecine, pour travailler, pour prendre soin de leurs parents et pour accomplir le hajj. Leur liberté de se déplacer fait partie de leur liberté de travailler et d’apprendre, et elle découle du regard que le Coran porte sur les femmes, des personnes morales à part entière (Que dit le Coran sur les femmes ?).
Comment voyager en sécurité et dans de bonnes conditions ?
- Prévoyez votre sécurité. Communiquez votre itinéraire et votre position à votre famille ou à vos amis, choisissez des transports et un hébergement fiables, et gardez les numéros d’urgence à portée de main.
- Profitez des facilités accordées au voyageur. En voyage, vous pouvez raccourcir et regrouper vos prières (Comment prier en voyage ? ; Peut-on regrouper les prières ?).
- Voyagez accompagnée quand vous le souhaitez. Les amis, les collègues et les groupes de hajj sont une bénédiction.
- Dites l’invocation du voyage et placez votre confiance en Allah.
Le Prophète ﷺ commençait ses voyages par une prière où il appelait Allah « le Compagnon de route, et Celui qui veille sur la famille restée derrière » (Sahih Muslim 1342). Qu’Allah soit le Compagnon de chaque femme qui se met en route, qu’Il la protège sur le chemin et la ramène saine et sauve auprès de ceux qui l’aiment.
Et Allah sait mieux. والله أعلم
Questions fréquentes
Une femme peut-elle faire le hajj ou la omra sans mahram ?
Oui. Malik permettait à une femme de partir au hajj avec un groupe de femmes, al-Shafiʿi avec une seule compagne digne de confiance, et Ibn Taymiyya sans mahram dès lors qu'elle est en sécurité. L'Arabie saoudite accepte depuis 2021 les inscriptions au hajj de femmes sans mahram.
Une musulmane peut-elle partir seule étudier ou travailler à l'étranger ?
Oui. Chercher le savoir et gagner sa vie sont honorés en islam, et la raison d'être de la règle du mahram, la sécurité de la femme, peut aujourd'hui être assurée par des transports sûrs, un logement de confiance et un contact constant avec la famille.
Que dit l'école hanafite sur le voyage des femmes ?
Les juristes hanafites classiques exigeaient un mari ou un mahram pour un voyage de trois jours ou plus. La règle servait la sécurité sur les routes de leur temps, et son but est atteint par les protections dont disposent aujourd'hui les voyageurs.
Qu'est-ce qu'un mahram ?
Un mahram est un homme qu'une femme ne peut jamais épouser, comme son père, son fils, son frère, son oncle ou son neveu ; pour le voyage, le mari est compté avec eux. Dans la règle classique, il l'accompagnait pour la protéger.
Questions liées
Sources
- Sahih al-Bukhari 3595 (ʿAdī ibn Ḥātim), 1088, 1197, 1086, 1862, 1860
- Ibn Mufliḥ, al-Furūʿ (sur le voyage des femmes pour le hajj, citant Ibn Taymiyya)
- Ibn Hajar al-ʿAsqalani, Fatḥ al-Bārī
- al-Nawawi, Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim
- Arab News, Saudi Arabia implements end to travel restrictions for Saudi women (20 août 2019)
- Arab News, Women can register for Hajj without male guardian (juin 2021)
Image: Chongkian, Xiaotaoyuan Women's Mosque, Shanghai, 2015. CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images