Le Coran autorise-t-il un mari à frapper sa femme ?

Question 1060

Question

Le verset 4:34 du Coran permet-il à un mari de frapper sa femme, et la violence conjugale est-elle jamais permise en islam ?

Résumé de la réponse

Frapper son épouse est haram. Le Coran ordonne aux maris de vivre avec leurs épouses dans la bonté (4:19) et leur interdit de les retenir dans le mariage pour leur nuire (2:231). Le Prophète ﷺ n’a jamais frappé une femme ; il a dit que les hommes qui battent leur épouse ne sont pas les meilleurs de la communauté, et enseigné que les meilleurs des gens sont les meilleurs envers leur famille. Le mot employé en 4:34 a de nombreux sens, et des savants, de ʿAṭāʾ à AbuSulayman, le lisent sans violence.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

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Si vous subissez des violences chez vous, appelez le numéro d’urgence local, en France le 17 ou le 112. Le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit et anonyme, écoute et oriente les femmes victimes de violences. Aux États-Unis, la National Domestic Violence Hotline répond au 1-800-799-7233 (ou par SMS, en envoyant START au 88788) ; au Royaume-Uni, la National Domestic Abuse Helpline, gratuite et joignable 24 heures sur 24, répond au 0808 2000 247.

Frapper son épouse est haram. Le Coran décrit le mariage comme un lien d’amour et de miséricorde, et il ordonne aux maris de vivre avec leurs épouses dans la bonté. Le Prophète ﷺ n’a jamais frappé une femme, pas une seule fois, et il a dit en termes clairs que les hommes qui battent leur épouse ne sont pas les meilleurs de sa communauté. Un verset, le verset 4:34, a longtemps été lu comme permettant au mari de frapper sa femme, et cette lecture mérite une réponse attentive. Lu avec le reste du Coran et à la lumière de la conduite du Prophète ﷺ lui-même, ce verset ne donne à personne le droit de faire du mal à une épouse.

Que dit le Coran sur la manière dont un mari doit traiter sa femme ?

Le Coran fixe les termes du mariage dans des versets qui ne laissent aucune place à la violence :

وَعَاشِرُوهُنَّ بِٱلۡمَعۡرُوفِۚ فَإِن كَرِهۡتُمُوهُنَّ فَعَسَىٰٓ أَن تَكۡرَهُواْ شَيۡـٔٗا وَيَجۡعَلَ ٱللَّهُ فِيهِ خَيۡرٗا كَثِيرٗا

« Vivez avec elles dans la bonté. Et si elles vous déplaisent, il se peut qu’une chose vous déplaise alors qu’Allah y a mis un grand bien. »

Coran 4:19

Le mot maʿrūf désigne ce que toute personne droite reconnaît comme juste. Même au mari qui en est venu à ne plus aimer sa femme, il est demandé de bien la traiter. Un autre verset interdit de garder une épouse dans le mariage pour lui faire du mal :

وَلَا تُمۡسِكُوهُنَّ ضِرَارٗا لِّتَعۡتَدُواْۚ وَمَن يَفۡعَلۡ ذَٰلِكَ فَقَدۡ ظَلَمَ نَفۡسَهُۥ

« Ne les retenez pas pour leur nuire et commettre ainsi un abus. Quiconque agit ainsi se fait du tort à lui-même. »

Coran 2:231

Et le Coran nomme le but du mariage : que les époux « trouvent le repos l’un auprès de l’autre », avec « l’amour et la miséricorde » placés entre eux (30:21).

Comment le Prophète ﷺ traitait-il ses épouses ?

Aisha (qu’Allah l’agrée) en a donné le témoignage le plus clair :

«مَا ضَرَبَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم شَيْئًا قَطُّ بِيَدِهِ وَلاَ امْرَأَةً وَلاَ خَادِمًا»

« Le Messager d’Allah ﷺ n’a jamais rien frappé de sa main, ni une femme ni un serviteur. »

Sahih Muslim 2328a

Il a fait de la bonté au foyer la mesure d’une personne :

«خَيْرُكُمْ خَيْرُكُمْ لأَهْلِهِ وَأَنَا خَيْرُكُمْ لأَهْلِي»

« Le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa famille, et je suis, de vous tous, le meilleur envers ma famille. »

Jami’ al-Tirmidhi 3895

Il dit aux hommes de Médine : « Ne frappez pas les servantes d’Allah. » ʿUmar vint ensuite se plaindre que les épouses s’étaient enhardies face à leurs maris, et le Prophète ﷺ donna alors sa permission. Bientôt, de nombreuses femmes vinrent chez lui se plaindre de leurs maris, et il dit : « Beaucoup de femmes sont venues trouver la famille de Muhammad pour se plaindre de leurs maris. Ces hommes-là ne sont pas les meilleurs d’entre vous » (Sunan Abi Dawud 2146, classé sahih par al-Albani). Il demanda aussi comment un homme pouvait fouetter sa femme comme on fouette un esclave, puis partager sa couche à la fin de la journée (Sahih al-Bukhari 5204).

Quand le Prophète ﷺ fut mécontent de ses épouses, il fit le serment de se tenir éloigné d’elles pendant un mois (Sahih al-Bukhari 1910), et il ne leva la main sur personne. Face à la discorde dans son couple, sa réponse fut la distance et le temps.

Que signifie le verset 4:34 ?

Le verset 4:34 parle du nushūz de l’épouse, une grave rupture dans la vie du couple, et énumère trois réponses : l’exhortation, la séparation des lits, et une troisième exprimée par le verbe wa-ḍribūhunna. Le verset suivant appelle les deux familles à envoyer des arbitres pour réconcilier les époux (4:35).

La racine ḍ-r-b porte de nombreux sens dans le Coran. Elle signifie voyager (« quand vous parcourez la terre », 4:101), proposer une parabole (« Allah propose en exemple », 66:11), et frapper. Les savants ont divergé (ikhtalafa al-ʿulamāʾ) sur son sens dans ce verset.

La lecture classique et ses limites

La plupart des juristes classiques ont compris le mot comme « frapper », puis l’ont entouré de limites qui le vident de toute violence. Al-Ṭabarī rapporte qu’on demanda à Ibn ʿAbbās ce que signifiait un coup « qui ne soit pas violent », et qu’il répondit : avec un siwāk, une petite brindille qui sert à se nettoyer les dents, ou quelque chose de semblable. On rapporte que l’imam al-Shafiʿi a dit que frapper est permis, et que ne pas frapper est meilleur. Le savant mecquois ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ, l’un des Successeurs, est allé plus loin : « Il ne la frappe pas, même s’il lui demande quelque chose et qu’elle n’en tient pas compte ; il lui montre son mécontentement. » Ibn al-ʿArabi (m. 1148) a cité ces mots dans ses Aḥkām al-Qurʾān avec ce commentaire : « Cela vient de la profonde compréhension de ʿAṭāʾ. »

La lecture de la séparation

Beaucoup de savants modernes comprennent le verbe comme un appel à la séparation. AbdulHamid AbuSulayman a soutenu dans Marital Discord (2003) que le mot désigne ici une séparation plus longue entre le mari et la femme, comme moyen de régler le différend, à l’image du mois de retrait du Prophète ﷺ lui-même. Laleh Bakhtiar l’a rendu par « éloignez-vous d’elles » (go away from them) dans The Sublime Quran (2007).

L’avis juste

L’avis juste est que frapper son épouse est haram. Selon la lecture de la séparation, le verset ne parle jamais de coups. Selon la lecture classique, il accorde tout au plus une permission réticente, que ʿAṭāʾ et al-Shafiʿi déconseillaient déjà et dont le Prophète ﷺ n’a jamais usé une seule fois. Une telle permission, qui blesse le corps et la confiance entre les époux, ne peut tenir face aux ordres de vivre dans la bonté et de ne pas retenir une épouse pour lui nuire. Les finalités de la charia (maqāṣid al-sharīʿa) protègent la vie, le corps et la dignité, et l’exemple du Prophète ﷺ est le Coran vécu. Cette manière de lire un verset à la lumière du Livre tout entier est expliquée dans Comment faut-il interpréter le Coran ?

Que peut faire une femme dont le mari la frappe ?

  • Mettez-vous d’abord en sécurité. Appelez le numéro d’urgence local ou une ligne d’écoute pour les victimes de violences conjugales, et réfugiez-vous chez des proches, chez des amis ou dans un foyer d’accueil.
  • Connaissez vos droits. Le préjudice (ḍarar) est un motif de dissolution du mariage. L’école malikite accordait à l’épouse le droit d’obtenir du juge le divorce pour préjudice, et toutes les écoles reconnaissent le khulʿ. Voir Une musulmane peut-elle divorcer de son mari ?
  • Cherchez un conseil miséricordieux. Un imam qui vous dit de supporter les violences contredit la Sunna. Vous trouverez d’autres repères dans Que dit l’islam sur les violences conjugales ?

Les mêmes principes valent pour chaque membre du foyer ; l’enseignement de l’islam au sujet des enfants est exposé dans Les parents musulmans peuvent-ils frapper leurs enfants ?

Un mariage d’amour et de miséricorde

وَمِنۡ ءَايَٰتِهِۦٓ أَنۡ خَلَقَ لَكُم مِّنۡ أَنفُسِكُمۡ أَزۡوَٰجٗا لِّتَسۡكُنُوٓاْ إِلَيۡهَا وَجَعَلَ بَيۡنَكُم مَّوَدَّةٗ وَرَحۡمَةً

« Parmi Ses signes, Il a créé pour vous, issus de vous-mêmes, des conjoints, pour que vous trouviez en eux le repos, et Il a placé entre vous l’amour et la miséricorde. »

Coran 30:21

Qu’Allah fasse de chaque foyer un lieu de repos, qu’Il protège chaque épouse et chaque époux de tout mal, et qu’Il remplisse nos mariages de l’amour et de la miséricorde qu’Il y a placés.

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

Est-il haram de frapper sa femme en islam ?

Oui. Frapper son épouse, c’est faire du mal à une personne qu’Allah a ordonné à son mari de traiter avec bonté et miséricorde, et le Prophète ﷺ n’a jamais frappé une femme. Les violences conjugales sont aussi punies par la loi dans la plupart des pays, y compris dans beaucoup de pays à majorité musulmane.

Que signifie wa-ḍribūhunna dans le verset 4:34 ?

Le verbe ḍaraba a de nombreux sens dans le Coran, dont voyager, proposer un exemple et frapper. Les juristes classiques qui l’ont compris comme « frapper » l’ont réduit à un geste symbolique et préféraient que le mari s’en abstienne ; des savants modernes comme AbdulHamid AbuSulayman et Laleh Bakhtiar le comprennent comme le fait de se séparer de l’épouse ou de s’éloigner d’elle.

Que faire si mon mari me frappe ?

Votre sécurité passe avant tout : appelez le numéro d’urgence local (en France le 17 ou le 112) ou une ligne d’écoute pour les victimes de violences conjugales, comme le 3919. Le droit musulman vous permet de mettre fin à un mariage qui vous nuit, par un juge, un conseil islamique ou le khulʿ, et personne n’a le droit de vous dire de rester et de subir les violences.

Une femme peut-elle frapper son mari ?

Non. L’ordre coranique de vivre ensemble dans la bonté engage les deux époux, et la violence de l’un comme de l’autre est une injustice.

Questions liées

Sources

  1. Sahih Muslim 2328a ; Jami' al-Tirmidhi 3895 ; Sunan Abi Dawud 2146 ; Sahih al-Bukhari 5204
  2. Ibn al-ʿArabi, Aḥkām al-Qurʾān (sur Coran 4:34, l’avis de ʿAṭāʾ)
  3. al-Ṭabarī, Jāmiʿ al-Bayān, sur Coran 4:34
  4. AbdulHamid A. AbuSulayman, Marital Discord: Recapturing the Full Islamic Spirit of Human Dignity (IIIT, 2003)
  5. Laleh Bakhtiar, The Sublime Quran (2007)
  6. National Domestic Violence Hotline (États-Unis)
  7. National Domestic Abuse Helpline (Royaume-Uni)

Image: Shadhi ibn Muhammad ibn Ayyub (calligrapher); Aydughdi ibn ʿAbdallah al-Badri (illuminator), Folio from a Mamluk Qurʾan (Sūrat al-Sajda), Cairo, 1313–1314. Freer Gallery of Art, Smithsonian Institution, Washington (F1938.15). Public domain, via Wikimedia Commons.. Crédits des images