Une musulmane peut-elle se marier sans tuteur (wali) ?

Question 1062

Question

Le mariage est-il valide si une musulmane majeure le conclut elle-même, sans que son père ou un autre tuteur (wali) la donne en mariage ?

Résumé de la réponse

Une musulmane majeure peut conclure elle-même son mariage. L’imam Abu Hanifa enseignait qu’une femme adulte et saine d’esprit n’a pas besoin de tuteur ; le Coran parle de femmes qui se marient de leur propre fait et interdit aux tuteurs de les en empêcher (2:232, 2:234) ; et le Prophète ﷺ a dit que la femme sans mari a plus de droit sur elle-même que son tuteur. Cet avis hanafite régit le droit de la famille dans une grande partie du monde musulman ; la bénédiction des siens reste un bien à rechercher.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

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Une musulmane majeure peut se marier sans wali. L’imam Abu Hanifa (mort en 767), fondateur de la plus ancienne des quatre écoles sunnites, enseignait qu’une femme adulte et saine d’esprit conclut elle-même son mariage, comme elle conclut une vente ou un bail. Le Coran parle de femmes qui se marient de leur propre fait, le Prophète ﷺ a dit que la femme sans mari a plus de droit sur elle-même que son tuteur, et l’avis hanafite régit depuis des siècles le droit du mariage dans les terres ottomanes, en Asie centrale et en Asie du Sud, ainsi que dans l’Égypte moderne. Rechercher la bénédiction de sa famille est une belle pratique, mais la validité du mariage n’en dépend pas.

Qu’est-ce qu’un wali ?

Le wali est le tuteur matrimonial : le plus souvent le père, le grand-père, un frère ou un oncle. Dans les écoles chaféite, malikite et hanbalite, c’est lui qui conclut le contrat au nom de la mariée, et sans lui le mariage est nul. Dans l’école hanafite, le tuteur est requis pour les enfants, tandis que la femme majeure agit pour elle-même. Toutes les écoles s’accordent sur l’essentiel : les deux époux doivent consentir, le mariage doit être rendu public par des témoins ou par une annonce, et l’épouse reçoit un don nuptial (Qu’est-ce que le mahr ?).

Que dit le Coran ?

Le Coran parle à maintes reprises des femmes comme de celles qui se marient. Une femme divorcée ne peut revenir à son ancien mari « avant d’avoir épousé (tankiḥa) un autre homme » (2:230). Et lorsque des tuteurs se mirent en travers du chemin de femmes qui voulaient se remarier, Allah s’adressa directement à eux :

وَإِذَا طَلَّقۡتُمُ ٱلنِّسَآءَ فَبَلَغۡنَ أَجَلَهُنَّ فَلَا تَعۡضُلُوهُنَّ أَن يَنكِحۡنَ أَزۡوَٰجَهُنَّ إِذَا تَرَٰضَوۡاْ بَيۡنَهُم بِٱلۡمَعۡرُوفِ

« Lorsque vous avez divorcé de vos femmes et qu’elles ont atteint le terme de leur délai, ne les empêchez pas d’épouser leurs maris, s’ils se sont mis d’accord entre eux de façon convenable. »

Coran 2:232

Ce verset fut révélé lorsque Maʿqil ibn Yasār jura de ne jamais laisser sa sœur divorcée retourner auprès de son mari, alors qu’elle le désirait ; à sa révélation, il céda (Sahih al-Bukhari 5130). Au sujet des veuves qui ont achevé leur délai de viduité, le Coran dit :

فَإِذَا بَلَغۡنَ أَجَلَهُنَّ فَلَا جُنَاحَ عَلَيۡكُمۡ فِيمَا فَعَلۡنَ فِيٓ أَنفُسِهِنَّ بِٱلۡمَعۡرُوفِ

« Une fois leur délai atteint, nul reproche ne vous sera fait pour ce qu’elles décident pour elles-mêmes de façon convenable. »

Coran 2:234

La majorité des juristes, dont al-Bukhari dans le titre de son chapitre, ont vu dans l’histoire de Maʿqil la preuve que le tuteur a un rôle à jouer, puisque le verset s’adresse aux tuteurs. Les hanafites ont répondu que le verset attribue aux femmes l’acte même de se marier, « qu’elles épousent leurs maris », et qu’il interdit aux tuteurs d’y faire obstacle. Les deux lectures respectent le verset ; la lecture hanafite est plus fidèle à sa lettre et à sa finalité protectrice.

Qu’a dit le Prophète ﷺ ?

Le hadith le plus clair sur l’autorité de la femme sur sa propre personne est celui-ci :

«الأَيِّمُ أَحَقُّ بِنَفْسِهَا مِنْ وَلِيِّهَا»

« La femme sans mari a plus de droit sur elle-même que son tuteur. »

Sahih Muslim 1421a

La pratique d’Aïcha va dans le même sens. L’imam Malik rapporte qu’elle maria sa nièce Ḥafṣa, fille de son frère ʿAbd al-Raḥmān, à al-Mundhir ibn al-Zubayr pendant que ʿAbd al-Raḥmān se trouvait en Syrie. À son retour, il en fut contrarié, puis il accepta le mariage, qui fut maintenu (Muwatta Malik 1164).

Un hadith ne dit-il pas qu’il n’y a pas de mariage sans wali ?

Si, et c’est sur ce hadith que la majorité a fondé son avis : « Pas de mariage sans tuteur » (Sunan Abi Dawud 2085), auquel s’ajoute un récit d’Aïcha selon lequel la femme qui se marie sans la permission de son tuteur contracte un mariage nul (Jami’ al-Tirmidhi 1102). Les savants ont divergé (ikhtalafa al-ʿulamāʾ) au sujet de ces récits. Al-Tirmidhi rapporte lui-même que lorsqu’Ibn Jurayj interrogea al-Zuhrī, l’un des transmetteurs de la chaîne, sur le hadith d’Aïcha, al-Zuhrī ne le reconnut pas. Les hanafites ont aussi relevé qu’Aïcha, celle-là même qui le rapporte, avait marié sa nièce en l’absence du père. Ils ont compris « pas de mariage sans tuteur » comme visant les mineurs, ou le mariage dans sa forme la plus accomplie, et ont tenu que la femme majeure est sa propre tutrice.

L’avis juste (al-ṣaḥīḥ) est celui des hanafites : le Coran et les hadiths les plus authentiques donnent à la femme majeure autorité sur son propre mariage. La Dar al-Ifta égyptienne confirme que le droit égyptien suit cet avis. En 2003, la Cour suprême du Pakistan, dans l’affaire Saima Waheed, a validé le mariage que celle-ci avait conclu sans le consentement de son père, et confirmé qu’une musulmane majeure peut se marier de son plein gré.

Même la majorité ne laisse pas la femme à la merci de son tuteur. S’il refuse sans raison valable un parti convenable, un juge ou un imam prend sa place, car « le souverain est le tuteur de qui n’en a pas ».

Faut-il quand même associer sa famille ?

Oui, chaque fois que c’est sans danger. Les parents connaissent leur fille, et leurs conseils comme leurs invocations (duʿāʾ) appellent la bénédiction sur un mariage. Dans l’école hanafite, un père ne peut demander au juge de défaire un mariage que s’il a été conclu avec un conjoint manifestement mal assorti ou pour une dot très inférieure à la dot d’usage : c’est une protection, et non un droit de veto. La bonté envers les parents est un devoir, et elle n’implique jamais de les laisser choisir un époux contre la volonté de leur fille (Le mariage forcé est-il permis en islam ? ; Dois-je obéir à mes parents en tout ?).

Une convertie dont la famille n’est pas musulmane peut, selon l’avis hanafite, conclure elle-même son mariage, ou, selon les autres écoles, demander à un imam d’agir pour elle. La cérémonie elle-même est décrite dans Comment se déroule un mariage musulman ?

Un mariage né du consentement mutuel

La condition que le Coran lui-même pose au mariage, en 2:232, est un accord mutuel et honorable : « s’ils se sont mis d’accord entre eux de façon convenable ». Qu’Allah accorde à chaque femme un époux qu’elle a choisi d’un cœur libre, qu’Il entoure son mariage de la bénédiction de sa famille, et qu’Il mette entre eux l’amour et la miséricorde.

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

Le nikah sans wali est-il valide dans l’école hanafite ?

Oui. Dans l’école hanafite, une femme majeure et saine d’esprit peut conclure elle-même son mariage devant deux témoins. Son tuteur ne peut en demander l’annulation au juge que dans des cas précis, comme un mariage avec un conjoint manifestement mal assorti ou pour une dot très inférieure à la dot d’usage.

Qui est le wali d’une convertie ?

Selon l’avis hanafite, elle n’a pas besoin de wali et peut conclure elle-même son mariage. Dans les écoles qui exigent un wali, un juge musulman, un imam ou un responsable de confiance de la communauté agit pour elle lorsque sa famille n’est pas musulmane.

Et si mon père refuse une bonne demande en mariage ?

Le Coran interdit aux tuteurs de faire obstacle au mariage d’une femme (2:232). Même les écoles qui exigent un wali considèrent que le tuteur qui refuse sans raison valable un parti convenable perd son droit, et qu’un juge ou un imam peut alors agir à sa place.

Quel est l’avis chiite sur le mariage sans wali ?

Les juristes jaʿfarites s’accordent à dire qu’une femme majeure qui a déjà été mariée n’a pas besoin de tuteur. Pour une femme majeure jamais mariée, ils divergent : de grands juristes des premiers siècles la tenaient pour pleinement indépendante, beaucoup de juristes contemporains demandent l’autorisation de son père, et tous s’accordent à dire que cette autorisation tombe s’il refuse sans raison un parti convenable.

Questions liées

Sources

  1. Dar al-Ifta égyptienne, Can a woman get married without her wali’s approval?
  2. Sahih Muslim 1421a ; Sahih al-Bukhari 5130 ; Muwatta Malik 1164
  3. Jami’ al-Tirmidhi 1102 et Sunan Abi Dawud 2085 (les récits qui exigent un wali)
  4. al-Marghinani, al-Hidāya
  5. Dawn, Girls can marry of their own will: SC (Cour suprême du Pakistan, 19 décembre 2003)

Image: Chongkian, Xiaotaoyuan Women's Mosque, Shanghai, 2015. CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images