Le mariage forcé est-il permis en islam ?

Question 1075

Question

Des parents ou un tuteur peuvent-ils obliger un fils ou une fille à épouser quelqu'un contre sa volonté, et un tel mariage est-il valide en islam ?

Résumé de la réponse

Le mariage forcé est haram. Le Prophète ﷺ a annulé le mariage que le père de Khansāʾ bint Khidhām avait conclu contre sa volonté, il a laissé le choix de partir à une jeune femme mariée malgré elle, et il a enseigné qu'on doit demander son avis à une femme avant de la marier. Le Coran interdit de prendre les femmes contre leur gré, et l'école hanafite, Dar al-Ifta d'Égypte et le droit de la famille des pays musulmans modernes exigent le consentement de chaque époux et de chaque épouse majeurs.

Réponse

الحمد لله Louange à Allah.

Inside a white garden pavilion with carved vaults and wooden balconies, a turquoise water channel runs out through an arch toward the trees of a Persian garden.

Si l’on vous pousse vers un mariage dont vous ne voulez pas et que vous craignez pour votre sécurité, appelez le numéro d’urgence de votre pays (le 17 ou le 112 en France). En France, le 3919, gratuit et anonyme, écoute jour et nuit les victimes de violences faites aux femmes. Au Royaume-Uni, la Forced Marriage Unit du gouvernement répond au +44 (0)20 7008 0151 ; aux États-Unis, la Forced Marriage Initiative du Tahirih Justice Center apporte son aide.

Le mariage forcé est haram en islam. Dans la charia, le mariage est un contrat, et un contrat exige le libre accord de ceux qui le concluent. Quand une jeune femme de Médine vint dire au Prophète ﷺ que son père l’avait mariée à un homme dont elle ne voulait pas, il annula le mariage. Les parents peuvent conseiller leurs enfants, leur présenter quelqu’un et prier pour eux. Ils ne peuvent pas choisir un conjoint pour un fils ou une fille adulte contre sa volonté.

Que dit le Coran sur le mariage forcé ?

Le Coran parle du consentement des femmes dans le passage même de la sourate al-Nisāʾ qui énonce les devoirs du mariage. Avant l’islam, les héritiers d’un défunt pouvaient prendre sa veuve comme une part de la succession. Le Coran mit fin à cette pratique :

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُواْ لَا يَحِلُّ لَكُمۡ أَن تَرِثُواْ ٱلنِّسَآءَ كَرۡهٗا

« Ô vous qui croyez, il ne vous est pas permis de recevoir les femmes en héritage contre leur gré. »

Coran 4:19

Le mot clé est karhan (كَرۡهًا), « contre leur gré ». Une femme est une personne qui fait ses propres choix, et aucun parent ne peut la faire passer de main en main. Le même verset ordonne aux maris de vivre avec leurs épouses « selon le bien » (bil-maʿrūf), et deux versets plus loin, le Coran appelle le mariage un « engagement solennel » (mīthāqan ghalīẓan) que l’épouse elle-même reçoit de son mari (Coran 4:21). Un engagement, on le prend les yeux ouverts.

Le Prophète ﷺ laissait-il les pères forcer leurs filles à se marier ?

Il fit le contraire. Khansāʾ bint Khidhām, des Anṣār (qu’Allah l’agrée), avait déjà été mariée. Son père la maria à un homme sans son accord ; elle refusa et alla trouver le Prophète ﷺ. Il annula le mariage (Sahih al-Bukhari 5138), et elle épousa plus tard Abū Lubāba (Sunan Ibn Majah 1873). L’imam al-Bukhari a placé ce récit sous un titre de chapitre qui énonce le jugement : « Quand un homme marie sa fille contre son gré, le mariage est rejeté. »

La même miséricorde s’étendit aux jeunes femmes qui se mariaient pour la première fois. Ibn ʿAbbās rapporte qu’une jeune fille vierge vint dire au Prophète ﷺ que son père l’avait mariée alors qu’elle n’en voulait pas, et le Prophète ﷺ lui laissa le choix de garder ce mariage ou d’y mettre fin (Sunan Abi Dawud 2096, classé sahih par al-Albani). Dans une version plus longue d’un récit semblable, la jeune femme accepte le choix de son père une fois que la décision est remise entre ses mains, puis explique pourquoi elle est venue : « J’ai voulu que les femmes sachent que les pères n’ont rien à décider en cette affaire. » La chaîne de cette version a été jugée faible par al-Albani (Sunan Ibn Majah 1874), mais son sens rejoint celui des récits authentiques.

Le Prophète ﷺ a aussi posé la règle en toutes lettres :

«الأَيِّمُ أَحَقُّ بِنَفْسِهَا مِنْ وَلِيِّهَا وَالْبِكْرُ تُسْتَأْذَنُ فِي نَفْسِهَا وَإِذْنُهَا صُمَاتُهَا»

« La femme sans mari a plus de droit sur sa propre personne que son tuteur. La jeune fille qui se marie pour la première fois est consultée sur elle-même, et son silence vaut permission. »

Sahih Muslim 1421a

Quand Aïcha (qu’Allah l’agrée) fit remarquer qu’une jeune fille pudique pourrait avoir du mal à parler, le Prophète ﷺ accepta son silence comme consentement (Sahih al-Bukhari 5137). Cette facilité protège la fiancée timide, qui n’a pas à proclamer ses souhaits devant toute sa famille. Elle ne couvre en rien la famille qui terrorise une fille jusqu’à la faire taire : les femmes de ces récits ont été entendues quand elles ont refusé, et leurs mariages ont été défaits.

Que disent les écoles juridiques de l’islam ?

Les savants ont divergé (ikhtalafa al-ʿulamāʾ) sur le pouvoir d’un père de marier sa fille vierge. Beaucoup de juristes malikites et chaféites de l’époque classique accordaient au père un pouvoir de contrainte (ijbār) sur sa fille vierge, quel que soit son âge, au motif que l’amour d’un père guiderait son choix.

L’école hanafite a retenu l’avis que soutiennent les hadiths : la tutelle qui permet de conclure un mariage sans consentement ne s’applique qu’aux enfants, et une femme majeure ne peut être mariée sans son propre accord. Abu Hanifa tenait même qu’une femme majeure peut conclure elle-même son mariage (voir Une musulmane peut-elle se marier sans tuteur (wali) ?). Ibn al-Qayyim (m. 1350), un hanbalite, a combattu avec vigueur dans Zād al-Maʿād la contrainte exercée sur une vierge majeure. Un père, faisait-il observer, ne peut toucher à la moindre part de l’argent de sa fille adulte sans son consentement : comment pourrait-il alors disposer de sa vie entière sans lui ? Dans le fiqh jaʿfarite (chiite) aussi, le consentement de la femme majeure elle-même est requis.

Dar al-Ifta d’Égypte suit l’avis hanafite et juge illicite de marier une femme majeure sans son consentement, même à un parti convenable. La Cour de cassation égyptienne a appliqué le même principe en 1994. C’est l’avis juste (al-ṣaḥīḥ) : il suit le jugement du Prophète ﷺ lui-même dans l’affaire de Khansāʾ.

Le consentement des hommes compte tout autant. L’acceptation du marié (qabūl) est un pilier du contrat dans toutes les écoles, et faire pression sur un fils pour le marier est la même injustice.

Mariage arrangé et mariage forcé, est-ce la même chose ?

Non. Le mariage arrangé, où les familles proposent une union et où le couple décide librement, tient une place ancienne et heureuse dans la vie musulmane. Les parents connaissent leurs enfants, et leur conseil est un cadeau. Ce qui transforme un arrangement en mariage forcé, c’est la pression : les menaces, le chantage affectif, le passeport confisqué, le voyage « au pays » qui se termine en noce, ou l’avertissement qu’un refus couvrirait la famille de honte.

Marier des enfants est une injustice voisine. Beaucoup de pays à majorité musulmane fixent aujourd’hui à dix-huit ans l’âge minimum du mariage, et les objectifs de la charia (maqāṣid al-sharīʿa) protègent les enfants de contrats qu’ils ne peuvent comprendre ; la question historique est traitée dans Quel âge avait Aïcha quand elle a épousé le Prophète ?

Certaines familles poussent un fils ou une fille homosexuel vers le mariage dans l’espoir d’une « guérison ». Ce mariage fait du tort à deux personnes à la fois, et la réponse de l’islam est la miséricorde et la sincérité (Peut-on renier son enfant parce qu’il est homosexuel ?).

Que faire si ma famille veut me marier de force ?

  • Dites non clairement, le plus tôt possible. La Sunna vous donne le droit de refuser, et la bonté envers les parents n’a jamais consisté à leur obéir pour se faire du tort à soi-même (Dois-je obéir à mes parents en tout ?).
  • Trouvez une personne de confiance : un imam, un enseignant, un proche ou un conseiller qui parlera pour vous.
  • Si un mariage vous a déjà été imposé, vous pouvez en demander l’annulation (faskh) devant un juge musulman ou un conseil islamique, ainsi que devant les tribunaux civils. Mettre fin à un mariage que vous n’avez jamais choisi n’entraîne aucun blâme (Le divorce est-il haram en islam ?).
  • Faites appel à la loi. Contraindre quelqu’un à se marier est un délit pénal en Angleterre et au pays de Galles depuis 2014, et la Forced Marriage Unit aide les ressortissants britanniques au Royaume-Uni comme à l’étranger. Aux États-Unis, la Forced Marriage Initiative du Tahirih Justice Center soutient les personnes menacées.

Un mariage d’affection et de miséricorde

Le Coran décrit en un seul verset le mariage qu’Allah veut pour Ses serviteurs :

وَمِنۡ ءَايَٰتِهِۦٓ أَنۡ خَلَقَ لَكُم مِّنۡ أَنفُسِكُمۡ أَزۡوَٰجٗا لِّتَسۡكُنُوٓاْ إِلَيۡهَا وَجَعَلَ بَيۡنَكُم مَّوَدَّةٗ وَرَحۡمَةً

« Parmi Ses signes, Il a créé pour vous, issus de vous-mêmes, des conjoints auprès desquels vous trouvez le repos, et Il a mis entre vous l’affection et la miséricorde. »

Coran 30:21

Le repos, l’affection et la miséricorde ne se commandent pas à un cœur. Ils grandissent entre deux personnes qui se sont choisies. Qu’Allah donne à chaque fils et à chaque fille un conjoint qu’ils aiment, et à chaque parent la sagesse de bénir un choix qui revient à son enfant.

Et Allah sait mieux. والله أعلم

Questions fréquentes

Un nikah forcé est-il valide ?

Un mariage imposé à un adulte sans son consentement n'a aucune valeur : le Prophète ﷺ a annulé un tel mariage (Sahih al-Bukhari 5138). Dans les écoles qui le tiennent pour annulable, la personne contrainte a le droit de le faire dissoudre par un juge ou un conseil islamique.

Un père peut-il forcer sa fille à se marier en islam ?

Non. Certains juristes malikites et chaféites permettaient autrefois à un père de marier sa fille vierge sans son consentement, mais l'école hanafite, Ibn al-Qayyim et Dar al-Ifta d'Égypte tiennent qu'une femme majeure ne peut être mariée sans son propre accord, et c'est ce que montre la Sunna.

Le mariage arrangé est-il haram ?

Un mariage arrangé est halal quand les deux personnes y consentent librement. Les familles peuvent présenter, conseiller et aider ; le oui final appartient à la mariée et au marié.

Peut-on forcer un homme à se marier ?

Non. Le consentement de l'homme est un pilier du contrat dans toutes les écoles, et faire pression sur un fils pour le marier est aussi injuste que de faire pression sur une fille.

Que dit le fiqh chiite sur le mariage forcé ?

Dans le fiqh jaʿfarite, le consentement de la femme majeure elle-même est requis pour que son mariage soit valide ; un mariage qu'on lui impose ne tient donc pas.

Questions liées

Sources

  1. Sahih al-Bukhari 5136–5138 (chapitre : quand un homme marie sa fille contre son gré, le mariage est rejeté)
  2. Sahih Muslim 1421 ; Sunan Abi Dawud 2096 ; Sunan Ibn Majah 1874
  3. Ibn al-Qayyim, Zād al-Maʿād
  4. Dar al-Ifta d'Égypte, Forcing an adult female to marry against her will
  5. Gouvernement britannique, Forced marriage guidance and the Forced Marriage Unit
  6. Tahirih Justice Center, Forced Marriage Initiative

Image: Amirpashaei, Pavilion in the Fin Garden, Kashan, 2020. CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.. Crédits des images